ITW Karim Souchu et Richard Billant, avant les premiers JO de 3×3 : « On se connaît par cœur »

A moins deux semaines du début des Jeux olympiques, l’équipe de France féminine se prépare à l’INSEP. Près de dix jours de stage (7 au 15 juillet), les derniers préparatifs tactiques et physiques avant de s’envoler au Japon, le 16 juillet, pour la première compétition 3×3 organisée lors d’une Olympiade. Un mois et demi après la qualification obtenue lors du Tournoi Qualificatif Olympique à Graz en Autriche, les Bleues se rendent au Pays du Soleil Levant non sans quelques ambitions. A leur tête, un duo innamovible : Karim Souchu (42 ans) et Richard Billant (62 ans). Depuis dix ans, les deux hommes chapeautent le basket 3×3 de haut niveau en France. Ancien entraîneur fédéral, champion d’Europe 2006 avec les U18 de la génération Nicolas Batum, le Caennais a décidé d’orienter sa carrière vers le développement du 3×3 en 2012. Directeur de pôle pendant trois ans et demi, il est désormais chargé de toutes les équipes de France de la discipline. A ses côtés, Karim Souchu demeure une figure du basket français. Du moins, par sa longévité. Vingt ans de carrière l’ont baladé de France (8 clubs) aux Etats-Unis (NCAA, Furman University), en passant par la Belgique et Chypre. Très bon shooteur, meilleur tireur à 3-points de Pro A en 2013, il a revêtu le maillot de l’équipe de France à douze reprises au début des années 2000. C’est en Bleu que Souchu et Billant, entraîneur adjoint d’Alain Weisz (2000 à 2003), se sont rencontrés. Plus jamais ils ne sont quittés. Une médaille donnerait certainement plus de relief à une collaboration qui, au-delà de l’aspect professionnel, s’infiltre dans le domaine amical. 

La préparation pour les Jeux olympiques a débuté mercredi 7 juillet à l’INSEP. Comment se déroule le stage pour le moment ?

Karim Souchu : Bien. On est dans une bulle sanitaire. On nous impose de rester à l’INSEP jusqu’au départ, le 16. Huit joueuses sont présentes : les six qui partent à Tokyo plus deux joueuses en renfort.

Soana Lucet, présente lors du Tournoi Qualificatif Olympique il y a un mois, n’a pas été choisie. Vous l’avez remplacée par Ana Maria Filip. Pourquoi avoir fait ces ajustements ?

Richard Billant : Il faut replacer dans l’historique du basket 3×3 en France. C’est une équipe reconstruite à partir de 2017. On a été championnes d’Europe et médaillées de bronze aux championnats du monde. C’était une année 2019 exceptionnelle. Dans cette équipe, il y avait Ana-Maria Filip, qui était la capitaine. Au mois de février, elle n’était pas prête médicalement pour faire le TQO. On lui avait dit qu’en cas de qualification, on réexaminerait son cas. Lui donner sa chance, c’est aussi récompenser une joueuse qui a toujours été bien. De par son expérience et son leadership, elle nous a apportera beaucoup. Au TQO, on est parti avec Soana Lucet, une joueuse avec moins d’un an de pratique. Elle a répondu à nos attentes sur le terrain et en dehors. Le choix n’a pas été simple. Je n’étais pas bien les jours précédents l’annonce de la liste. On a pesé le pour et le contre en toute objectivité. Avec Ana-Maria Filip, on s’assure d’avoir une joueuse capable de rivaliser face à des joueuses de grande taille. Ce qui est le cas de la Chine et des Etats-Unis. Venir à Tokyo sans point de fixation aurait pu nous mettre dans la difficulté. Surtout qu’on va potentiellement jouer 10 matches en 5 jours.

Quels sont encore les aspects sur lesquels vous devez-vous travailler pour décrocher une médaille à Tokyo ?

K.S : On doit continuer à travailler. On a la chance d’avoir 10 jours de travail en continu. On peut être à cheval sur les détails en bossant individuellement avec les joueuses. En 3×3, il faut insister sur les automatismes de jeu. La sélection d’Ana nous fait gagner du temps au niveau de l’intégration. Elles se connaissent parfaitement.

R.B : La clé, ça doit être la défense. On a bâti nos succès là-dessus. On doit continuer à la consolider, notamment sur les pick and rolls et la communication sur les écrans. En 3×3, c’est plus difficile à faire, compte tenu qu’il y a plus d’espaces qu’en 5×5. Il y a moins d’aides. Ensuite, on doit progresser sur l’adresse, les tirs près du panier et les finitions. Ce n’est pas spécifique à la France. L’impact est plus dur, la fatigue arrive plus vite. Les joueuses montent très vite dans les tours. Et tactiquement, on bosse sur la vitesse de jeu. L’équipe peut aller vite. Il faut qu’on arrive à inclure Ana dans un système de jeu très dynamique.

L’équipe des Etats-Unis arrive avec de très fortes joueuses. A côté d’elle, quels seront vos principaux concurrents ?

K.S : Toutes les équipes, exceptée la Mongolie, qui est un peu moins forte. Les Etats-Unis arrivent avec des joueuses 5×5, qui ont beaucoup de talent. On les a joués à Graz. On a perdu, mais à une minute de la fin, on était à 1 point. La Chine est une grosse nation de 3×3. Mais on a aucune information sur elle. L’endroit où elle s’est préparée est restée secret. La Russie reste une belle équipe, très solide. Chez lui, le Japon sera présent. Sur ce tournoi, il ne faut prendre personne à la légère.

itw-karim-souchu-et-richard-billant----on-se-connait-par-coeur---1625847849.jpegLa joie des Français après leur qualification aux Jeux olympiques (photo : FIBA)

« Il manque des garçons qui s’engagent vers la voie du professionnalisme »

C’est la première fois que la discipline fait son apparition aux JO. En France, elle reste assez marginale. Sentez-vous une poindre une effervescence ?

R.B : On est persuadé que les JO, et derrière la Coupe d’Europe à Paris, devrait bien lancer la discipline, la faire connaître auprès du grand public. Je suis convaincu que ça va plaire. C’est un format court et plus dynamique que  le basket 5×5. Les matchs sont plus serrés. La discipline ne demande qu’à être présentée auprès public pour éclore.

C’était censé être une fête du 3×3, dans un pays où la discipline est populaire. Les interactions entre le public et les basketteurs en font sa spécificité. Finalement, aucun spectateur ne sera présent. Comment réagissez-vous à l’annonce du huis-clos décrété par le CIO et le gouvernement japonais ?

K.S : C’est dommage. On aurait aimé jouer devant du monde. Mais si c’est la condition pour que les JO aient lieu, il faut l’accepter.

Les basketteurs masculins du 3×3 ne seront pas présents (battus en demi-finale par les Pays-Bas puis en petite finale pour la Lettonie). Au regard des performances réalisées par les femmes, qu’est-ce qu’il manque au basket masculin pour briller à l’échelle mondiale ?

R. B : Des joueurs professionnels. Il manque des garçons qui s’engagent vers la voie du professionnalisme 3×3, comme le font les pays de l’Est. Il faudrait disputer des World Tour, des grosses compétitions internationales, être tourné 365 jours par an vers cette discipline. Chez nous, les joueurs restent 9 mois sur 12 dans leur club professionnel, avant de venir l’été. Il n’y a aucun sport dans lequel des athlètes ne sont pas à 100% dédiés pour leur activité. Il faut que ça change. Ce n’est pas possible. Pour l’instant, il n’y a pas d’économie qui se met en place. Les Serbes, les Lettons, les Russes et les Néerlandais sont professionnels. Quasiment toutes les équipes présentes aux JO sont composées de joueurs pro. Il faut bien se figurer qu’on a eu un seul jour d’entraînement avant le TQO. C’est une gageure.

Les Jeux olympiques de Paris arrivent dans trois ans. Quelles seront les prochaines étapes pour faire de l’équipe de France masculine de 3×3 une des meilleurs nations ?

K.S : Il faut qu’il y ait un circuit national. Ça résoudrait beaucoup de problèmes. Si on avait des joueurs qui feraient ces tournois, on aurait plus de visibilité sur la préparation et les joueurs disponibles. En jouant deux mois dans l’année, on arrive quand même à faire des performances. Mais ça ne va pas durer. On a les infrastructures en France, que ce soit à l’INSEP, à Voiron ou à Poitiers.

« Je sais ce qu’il aime manger et ce qu’il n’aime pas ! »

Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à cette discipline ?

R.B : Je suis entraîneur fédéral depuis 1999. J’ai entraîné le pôle 3×3 à la Fédération. J’en même été le directeur pendant trois ans et demi. J’ai eu de belles réussites avec les U18, U19 et U20 avec le basket 5×5. On a été champions d’Europe en 2006 avec la génération Batum. En 2011, j’avais un copain – malheureusement décédé – qui s’appelait Alain Garos, ancien directeur de la performance. Il m’a dit que la discipline 3×3 se lançait, et m’a demandé si j’étais intéressé pour occuper le poste de sélectionneur lors des premiers championnats du monde, en 2012. J’ai tout de suite dit oui, sans vraiment réfléchir. J’aime prendre des risques, c’est ma nature. A partir de là, j’ai pu créer mon propre système, qui perdure encore. J’ai donc rencontré mon ami Karim (Souchu), que j’avais déjà croisé en 2003 lorsqu’il était en équipe de France et moi assistant avec Alain Weisz. Il a accepté de prendre le risque de venir, alors qu’il était joueur pro. Ça a matché.

K.S : En 2012, Rich (Richard Billant) m’avait appelé pour les championnats du monde. Il m’avait exposé cette nouvelle discipline. J’ai accepté. Comme Rich’, j’aime bien les défis et les nouveaux challenges. J’étais capitaine de l’équipe en 2012, à Athènes. Humainement, j’ai vécu l’une de mes plus belles histoires là-bas.

R.B : Et puis il y avait les filles…

K.S : Oui, c’était une ambiance particulière. Dans le 5×5, ça ne marche pas comme ça. L’année suivante, je lui avais fait part de mon envie d’aller voir de l’autre côté, sur le banc. Il m’a dit « viens, tu découvres, tu vas voir comment ça fonctionne, tu fais tes preuves ».

R.B : On est allé à Minsk.

K.S : Oui, avec les U18.

R.B : Avec les garçons, on a fait une belle médaille d’argent. C’était la première fois qu’on bossait ensemble non ?

K.S : Exactement. J’ai profité de l’expérience de Rich’ pour qu’il me forme. Il m’a beaucoup aidé, que ce soit tactiquement et humainement. Être à deux, c’est un avantage. Ça permet d’avoir une vision plus large. Parfois, on est d’accord, parfois non. Mais on arrive toujours à quelque chose de censé. Ça fait presque 10 ans qu’on bosse ensemble. Maintenant, on se connaît par cœur. Je sais ce qu’il aime manger et ce qu’il n’aime pas ! (rires)

R.B : On est très complémentaires.

Vous êtes issus de générations différentes. Vos parcours de vie n’ont pas épousé les mêmes trajectoires. Pensez-vous que cela a permis de renforcer cette complémentarité ?

K.S : Oui. On se dit les choses franchement. Souvent, on aboutit à des conclusions qui sont les mêmes. Ça ne vient pas de la même façon. Ce n’est pas un handicap de ne pas faire partie de la même génération. Au contraire, Rich’ m’apporte ce qu’il a appris dans son temps. La nouvelle génération, c’est différent. C’est unique.

R.B : C’est un management assez unique. Comme notre duo.

K.S : A Nanterre, c’est le cas aussi. Dans le 3×3, il y a beaucoup de proximité. Les temporalités sont très courtes. Tu enchaînes les matchs. Quand je suis moins bien, c’est l’autre qui soutient. Tout seul, ce ne serait pas évident.

Qu’est-ce que vous appréciez chez l’autre ?

R.B : On s’entend bien professionnellement mais aussi en dehors. On a d’autres sujets de conversation. On connaît nos familles respectives. Si un jour on ne travaille plus ensemble, on sera quand même amené à se voir. Il y a une vraie complicité. C’est difficile de mettre des mots dessus.

 

Effectif de l’équipe de France féminine 3×3 aux JO de Tokyo

Les titulaires

  • Marie-Eve Paget (Basket Landes, LFB)
  • Laetitia Guapo (Bourges, LFB)
  • Migna Touré (Lattes-Montpellier, LFB)
  • Ana-Maria Filip (Lattes-Montpellier, LFB)

Les remplaçantes 

  • Marie Mane (Nantes-Rezé, LFB)
  • Caroline Hériaud (Villeneuve d’Ascq, LFB)

 

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Rédaction Bebasket

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