Au cœur du Sheraton : les Bleus veulent vider l’hôtel

Crédit photo : FIBA

Avec 16 équipes réunies au même endroit, l'hôtel Sheraton de Berlin est actuellement l'épicentre du basket mondial. Après avoir pris possession de ses nouveaux quartiers berlinois, l'équipe de France veut être la dernière à y rester...

S’il est l’épicentre du basket mondial pour le week-end, l’hôtel Sheraton de Berlin ressemble surtout à une colonie de vacances pour le moment. On y croise Giannis Antetokounmpo en t-shirt rose dans les portes battantes de l’entrée ou Luka Doncic en claquettes vertes près de l’accueil. Après une virée shopping en compagnie de Guerschon Yabusele (incertain pour le 1/8e de finale), Timothé Luwawu-Cabarrot salue Lauri Markkanen, avec qui il a joué à Chicago, tandis que deux générations de coaching conversent dehors : le jeune Lassi Tuovi et l’ancien Svetislav Pesic. Les accolades et les embrassades se multiplient, la compétition semble loin. Au moment de s’étreindre, Luigi Datome et Melih Mahmutoglu ne pensent pas sûrement à leurs éventuelles retrouvailles dès les quarts de finale. De leur côté, Vasilije Micic et Krunoslav Simon sirotent ensemble un café en terrasse, Jonas Valanciunas revient d’une balade en ville avec ses enfants, Mike Tobey récupère son traditionnel Uber Eats (sûrement de la nourriture typique de Slovénie…) pendant que Boris Diaw, en grande discussion avec une membre du staff espagnole dans une alcôve du restaurant, fait l’étalage de ses plus belles notions de serbe avec une référence à la maman de Klemen Prepelic, au moment de retrouver son ancien coéquipier de Levallois. Une détente d’apparence ? « Tu regardes un peu comment les autres équipes pour voir comment elles se comportent », glisse Vincent Poirier. « Tu parles un peu de tout, sauf des matchs. » De fait, le lieu grouille d’activité : Italiens et Ukrainiens déchargent les multiples caisses ramenés de Milan, les bus multiplient les allers-retours vers les lieux d’entraînement, la Mercedes-Benz Arena, située à 25 minutes de route à travers les bouchons, ou vers la salle Max-Schmeling, nichée en périphérie nord de la capitale allemande… Bref, le gratin du continent est réuni au même endroit. « Il y a beaucoup, beaucoup de monde », souffle Vincent Collet, en écho à la présence de 16 délégations. « C’était blindé dans la salle de repas par exemple, on a dû retarder notre horaire de repas. » Afin de permettre à quelle équipe de finir son déjeuner ? L’Espagne…

« C’est un plaisir de voir l’hôtel se vider
au fur et à mesure de la compétition »

Nikola Jokic discute avec Juancho Hernangomez dans les couloirs de l’hôtel

Pas de quoi perturber Vincent Poirier, heureux de recroiser ses partenaires du Real Madrid… « Je suis content de revoir certains gars », confie-t-il. « Je ne sens pas d’animosité pour l’instant. Je vais surveiller les Turcs et les Géorgiens pour être sûr que ça ne parte pas en couilles. » Heureusement pour lui, le pivot francilien n’aura pas à jouer les justiciers : la Géorgie a été éliminée dès le premier tour… Avec seulement 1 heure de vol depuis Cologne, en compagnie des Allemands et des Lituaniens qui les ont encore remerciés du coup de pouce reçu contre la Bosnie-Herzégovine, les Bleus ont fait partie des toutes premières équipes à débarquer à Berlince qui n’était pas du goût du sélectionneur turc Ergin Ataman, bien seul à fulminer sur les coups de midi. « Nous avons dû faire 5 heures d’avion avant d’attendre nos bagages pendant 2 heures car on venait d’un pays extérieur à l’Espace Schengen. On est arrivé à 18h, on a dû annuler notre entraînement, alors que la France a pu s’installer tranquillement après 40 minutes de voyage. C’est quel genre d’EuroBasket ça ? »

Comme l’ensemble du basket tricolore, Vincent Collet a peut-être espéré jeudi un exploit polonais face à la Serbie pour dégager le tableau des quarts de finale. Le miracle n’a pas eu lieu mais le Normand n’en tient pas rigueur à Aaron Cel, débarqué d’Italie dans la matinée et qu’il retrouve avec plaisir dans le coin self. « On voit les autres équipes arriver », confiait quelques minutes auparavant l’entraîneur des Metropolitans 92. L’enjeu pour les Bleus sera maintenant de les voir repartir. « L’hôtel, c’est toute une atmosphère déjà », raconte Evan Fournier. « Tout le monde est au même endroit. Il y a une petite tension entre chaque équipe, en tout cas pour moi… Tu t’observes beaucoup, c’est très speed, il y a toujours du monde dans le lobby. À part en 2017, j’ai toujours eu la chance de voir l’hôtel se vider au fur et à mesure de la compétition et c’est toujours une très grande satisfaction. C’est même un plaisir ! J’espère que ce sera encore le cas cette année. » Plusieurs centaines de personnes réunies au même endroit, pour marquer le début des choses sérieuses. « C’est un nouveau tournoi qui commence », acquiesce Vincent Collet. « J’étais avec un assistant de la Lituanie et (Gianmarco) Pozzecco (le coach italien) là. On se disait qu’il n’y avait plus de calculs possibles maintenant. Il faut gagner ou ça se termine. »

Pour les Bleus, une confiance accrue après Cologne

Après un premier tour à Cologne en formation d’ascension, de la gabegie initiale face à la Mannschaft au duel de haut-vol contre la Slovénie, l’équipe de France se présente munie d’un bilan comptable mitigé, mais forte de plus de certitudes qu’avant son arrivée en Allemagne. « On a confiance dans ce que l’on peut faire », avance Evan Fournier. « Ce n’est pas l’heure d’avoir des doutes de toute façon. La rencontre contre la Hongrie était un peu particulière mais j’ai trouvé qu’on avait été solides face à la Lituanie et la Bosnie-Herzégovine, qu’on avait fait un bon match contre la Slovénie. Je suis confiant. » Le capitaine est rejoint par Vincent Poirier, qui évoque « la plus grande sérénité » dans ce que les Bleus « peuvent et savent faire. »

Une certaine assurance qu’il conviendra de mettre à profit face à la Turquie, tout sauf un cadeau pour un 1/8e de finale, malgré l’absence de Shane Larkin… Ou pas ? « Il faut se méfier du sorcier turc », prévient Vincent Collet, pas encore convaincu du forfait de la star de l’Anadolu Efes. Même sans son meneur d’origine américaine, la Turquie dispose de nombreuses armes pour gêner les Bleus, à commencer par son adresse à trois points, son jeu rapide, la créativité de ses ailiers (Cedi Osman et Furkan Korkmaz) ou la polyvalence de ses intérieurs, avec le Barcelonais Sertac Sanli qui peut s’écarter ou le rookie sensation Alperen Sengun (Houston), brillant avec 18,2 points et 8,8 rebonds de moyenne. « Il faudra aussi qu’on ait de la lucidité par rapport à leur défense qui est assez compacte », anticipe Vincent Collet. « Ils essayent de tisser une toile d’araignée. Ils ne sont pas toujours en pression mais ils sont beaucoup dans les espaces, ils prennent des risques sur les joueurs non porteurs pour fermer la raquette. Par rapport à notre point faible, les balles perdues, il faudra que l’on soit précautionneux et patients pour ne pas gaspiller des munitions. »

Comme en 2015, Evan Fournier et les Bleus devront prendre le meilleur sur la Turquie de Cedi Osman (photo : Sébastien Grasset)

Outre les caractéristiques turques, l’équipe de France devra gérer d’autres facteurs importants, comme l’ambiance qui devrait être massive en faveur des Turcs grâce à la diaspora locale (« Nous contre le reste du monde », synthétise Vincent Poirier), ou l’horaire, 12h, « le pire possible » selon Vincent Collet. Tout sera avancé : un réveil musculaire au saut du lit, avant un brunch vers 9 heures pour pouvoir partir à la salle plus tôt que d’habitude. « Jouer à midi, ce n’est pas un cadeau », soupire Evan Fournier. « Quand on se lève tôt, on a le sentiment d’être un peu mou. Il peut y avoir l’impression de ne pas être réveillé, de ne pas avoir les bons réflexes. Or, on ne peut pas se permettre cela pour un 1/8e de finale. »

Au bon souvenir de 2014…

Premiers arrivés mais désireux de ne pas être les premiers à repartir, les Bleus de Vincent Collet pourront se plonger dans l’expérience du sélectionneur. Interrogé sur l’ambiance du Sheraton, l’ancien technicien de Strasbourg a convoqué ses souvenirs de la Coupe du Monde 2014… « Ça me rappelle l’Espagne, on était déjà dans cette configuration là. Même notre compétition se rapproche de celle de 2014 : à l’époque, nous avions été très irréguliers lors du premier tour, avec certains matchs intéressants et d’autres où l’on était en difficulté. Cette année, nous avons démarré en n’étant pas tout à fait prêts, encore en construction. Je trouve que l’on a profité de la poule de Cologne pour avancer. On a fini sur notre meilleur match, alors que même la Bosnie-Herzégovine avant marquait un progrès. Maintenant, il faut valider cela, confirmer et continuer à s’élever. Car après, c’est du lourd qui s’annonce… » Avec, au loin, pour un quart de finale éventuel, la silhouette angoissante de Nikola Jokic qui s’avance. Pour l’instant, le double MVP de NBA est tout heureux de retrouver de vieux amis, comme Juancho Hernangomez, son ancien compagnon de raquette à Denver. Mais pour autant, l’objectif est de le faire quitter le Sheraton au plus vite. Après s’être déjà assuré qu’Ergin Ataman ne consommerait pas de café en terrasse au-delà du week-end… Pour cela, il faudra bien prendre exemple sur 2014, où les Bleus avaient fait partie des quatre dernières équipes présentes dans leur hôtel madrilène. En essayant simplement de changer la couleur de la médaille…

Au Sheraton Berlin Grand Hotel Esplanade,

 

 

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Qui a écrit ce papier ?

Alexandre Lacoste

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