Francis Jordane, ancien sélectionneur de l’équipe de France, n’est plus

Francis Jordane s’en est allé à l’âge de 79 ans
Francis Jordane s’en est allé à 79 ans, a annoncé Jean-Marc Esteban, figure du basketball dans les Pyrénées-Orientales, ce mardi 11 novembre, sur sa page Facebook. Une information depuis confirmée par la presse locale, ainsi que la Fédération française de basketball.
Né en 1946 à Arles-sur-Tech, Francis Jordane avait découvert le basketball dans le club de sa ville natale, avant de jouer à Amélie-les-Bains. Pour devenir professeur de sport, il part à 18 ans au CREPS de Toulouse, où il obtient son diplôme d’éducation physique, puis monte en Alsace. C’est là qu’il entame une riche carrière d’entraîneur et de formateur, d’abord à Mulhouse, puis sur le banc de la SIG Strasbourg dans les années 1970.
Hommage à un bâtisseur
Figure de terrain, Francis Jordane a d’abord été conseiller technique en Alsace (conseiller technique départemental puis régional) avant d’impulser un élan durable à la SIG dans les années 1970, jusqu’au retour au plus haut niveau au printemps 1974.
À Strasbourg, il a fait passer des paliers à tout un club et inspiré de futurs coaches comme Indulis Vanags, Grégor Beugnot ou Patrick Lazare. Dans un portrait publié par la SIG sur son site Internet, il confiait son regret de ne pas avoir pu « consolider les structures du club » au moment de la montée, lucidité d’un bâtisseur soucieux de l’avenir.
De l’Alsace aux Bleus
Son expertise le conduit à rejoindre la Fédération française de basket à la fin des années 1980. Adjoint de Jean Luent puis de Jean Galle, il prend les rênes de l’équipe de France masculine en 1988.
Sous sa direction, les Bleus retrouvent de bons résultats sur la scène européenne : 8e à l’Euro 1989 à Zagreb, 4e à Rome en 1991 — la meilleure performance française depuis 1959 — puis quarts de finaliste en 1993 à Berlin après une victoire contre l’Allemagne, future championne d’Europe.
C’est aussi durant cette période que Jordane et son équipe croisent la route de la Dream Team américaine à Monaco en 1992. L’homonyme de Michael Jordan avait alors marqué les esprits : « Quand je me suis présenté à Chuck Daly, il a dit à Jordan “Tu sais que le coach de l’équipe de France s’appelle Jordane”. Il a voulu me rencontrer ! » racontait-il avec humour à Basket Rétro.
Il y a 36 ans le 24 novembre 1988l’équipe de France du nouveau Sélectionneur Francis Jordane est en Pologne (qualif pour le CE 89)
Vestris, Ostrowski, @herve_dubuisson , Dacoury…qui smashe😀
C+ @georgeeddy2 et Thierry Gilardi. pic.twitter.com/g45vnDZOmh
— darluque (@darluque) November 24, 2024
Il restera cinq ans à la tête de la sélection (1988-1993) avant de poursuivre une carrière internationale et des missions techniques de formation en revenant dans le Sud de la France.
Un témoin privilégié de l’histoire
Après avoir quitté la sélection nationale en 1993 — « Il l’apprendra par une dépêche AFP », confiera son ami Patrick Esteban —, Francis Jordane poursuit sa mission de transmission. Il devient conseiller technique régional à Montpellier, encadre la formation des cadres techniques tout en gardant un pied dans le haut-niveau à travers ses expériences avec les sélections de Tunisie (2000-2001) et du Maroc (2009).
Au-delà des résultats, Francis Jordane a laissé des principes de jeu et de formation. Dans une interview donnée à Basket Rétro, il rappelait combien le basket s’était accéléré avec l’importance des initiatives individuelles et du pick & roll, sans renoncer à la rigueur collective. « Pour moi le basket c’est d’abord un sport d’individu », disait-il, avant de détailler ce qu’il avait appris face aux États-Unis en 1992 lors d’un stage à Monaco.
Racines catalanes, passion intacte
Toujours fidèle à ses racines, il revient définitivement se réinstaller dans les Pyrénées-Orientales. Celui qui a vécu ses dernières années à Canet-en-Roussillon, entraîne Narbonne, Toulouges, Cabestany, accompagne le Perpignan Basket féminin à partir de 2010 et soutient activement la Trobada Basket en Vallespir. Il joue aussi un rôle clé dans la création du centre Sud Canigo Sports à Arles-sur-Tech, projet ambitieux imaginé comme un « Marcoussis du basket français », qu’il avait fait bâtir au début des années 90 dans sa petite ville de 3 000 âmes située dans la vallée du Tech. S’il a ensuite été abandonné par la FFBB, il reste un lieu de formation pour les coaches et sélections de la région Occitanie, notamment.
Un dernier au revoir
En ce 11 novembre, le basket français perd un passeur d’idées, un formateur, un sélectionneur. De Strasbourg à Rome, de Berlin à Perpignan, où il est décédé, Francis Jordane aura incarné le travail, la transmission et l’exigence. Pensées émues à ses proches et à toutes celles et ceux qu’il a formés, comme Laurent Vila, autre natif d’Arles-sur-Tech.
BeBasket perd l’un de ses plus fidèles lecteurs. Nous adressons nos condoléances à sa famille et à ses proches.
Le communiqué de la FFBB sur la disparition de Francis Jordane :
« La FFBB a appris avec une profonde tristesse le décès de Francis Jordane, entraîneur des Bleus de 1988 à 1993, à l’âge de 79 ans.
Originaire d’Arles-sur-Tech, à quelques kilomètres de la frontière espagnole, Francis Jordane y a découvert le basket. Pour vivre de sa passion, l’étudiant toulousain posa, à 23 ans, ses valises à l’autre bout de la France, comme cadre technique dans le Haut-Rhin puis le Bas-Rhin. Il entraîne parallèlement Graffenstaden dans les années 70 et fait brièvement monter le club en Nationale 1.
En 1981, Pierre Dao lui propose d’intégrer le staff de Daniel Gendron chez les juniors et trois ans plus tard, il devient l’assistant de Jean Luent, rencontré au Bataillon de Joinville, sur le banc de l’Équipe de France, au sortir des Jeux Olympiques de Los Angeles. Le formateur de cœur poursuit ensuite sa mission avec Jean Galle. Quand ce dernier s’éclipse, après le TQO 1988 c’est lui qui se voit confier le destin des Bleus. Il fait rapidement l’unanimité parmi les joueurs et, dans un climat apaisé, parvient à faire progresser l’Équipe de France dans les classements européens, au point d’entrer dans le dernier carré en 1991, une première en 30 ans.
Avec lui, les Bleus, malgré les absences, vont se persuader qu’ils peuvent franchir un dernier palier, profitant de l’explosion de l’URSS et de la Yougoslavie. Mais en quart de finale de l’EuroBasket 1993, un panier au buzzer du pivot grec Fassoulas détruit leur rêve. Après 75 matches à la tête de l’équipe nationale, Francis Jordane termine sa mission. On le retrouvera plus tard à la tête de la Tunisie au début des années 2000 et du Maroc en 2009, avant une expérience avec les féminines de Perpignan. Auteur d’ouvrages de références sur la formation, observateur attentif de l’actualité basket et commentateur assidu sur les réseaux sociaux, il suivait d’autant plus le parcours des Bleus que Laurent Vila, l’assistant de Freddy Fauthoux depuis 2024, est le filleul de son épouse.
La FFBB adresse à sa famille et ses amis ses plus sincères condoléances. »























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