Les coulisses du match à Roland-Garros : « Le Paris Basketball a la culture de l’événement »

Crédit photo : Lilian Bordron

Dimanche après-midi, le Paris Basketball a réuni plus de 10 000 spectateurs à Roland-Garros pour son match de Betclic ÉLITE face à l'AS Monaco. La victoire n'est pas au bout pour le club de la capitale mais ce fut une franche réussite marketing. Fondé en 2018, le club champignon confirme ses ambitions et se construit une solide identité, tournée vers la culture américaine. Reportage au coeur de cette journée riche pour le Paris Basketball.

Qu’il était loin ce silence cathédrale, si cher au tennis, lorsque les Parisiens se sont décidés à monter au filet. Le central de Roland-Garros s’est enflammé dans un money time, façon super tie-break, âprement disputé. Chants, musique américaine en toile de fond et public debout sur la mise en jeu parisienne, le court Philippe-Chatrier s’est mis à vibrer et y a cru, avant que Monaco prenne Paris à revers dans les dernières secondes. Fidèles à l’aphorisme cher au propriétaire des lieux et surplombant le terrain – « la victoire appartient au plus opiniâtre » -, les Monégasques se sont envolés à Roland-Garros dans l’antre de l’ancien aviateur de la Première Guerre Mondiale. Cette phrase semble aussi bien convenir aux Monégasques qu’aux plus grands champions des Internationaux de France. « Je n’ai pas pu profiter de l’ambiance car j’étais dans mon match mais jouer dans ce genre d’endroit mythique est une belle promotion pour le basket français », lançait Sasa Obradovic, après la victoire monégasque 95-91.

Garni par 10 424 curieux (sur 15 000 places disponibles), le court central de Roland-Garros a tâté le balle orange et dépoussiéré quelques souvenirs vieux des finales de l’antique championnat de France qui s’y déroulaient à ciel ouvert et sur terre battue entre 1934 et 1939 puis en 1945, 1947 et 1948. Avec à la clef la deuxième affluence de l’histoire de la LNB derrière le Nanterre – ASVEL à la U Arena et ses 15 200 personnes, le 11 mars 2018.

Paris vs Monaco à Roland-Garros 16 octobre
Roland-Garros, un cadré insolite pour un mach de basket (photo : Lilian Bordron).

« On s’invite là où on ne nous attend pas »

« C’est une étape très importante dans notre développement », se félicitait Mathias Priez, le directeur général délégué du club de la capitaine. « Le court Philippe-Chatrier n’est pas simplement plus grand que l’Accor Arena (la rencontre contre l’ASM avait été délocalisée à Bercy l’an dernier). On s’invite là où on ne nous attend pas et c’est ce qu’il me plaît. Le Paris Basketball a la culture de l’événement et on veut l’entretenir. Ce n’est pas un caprice car ça marche ! »

Le public, à la fois jeune et familial « en recherche d’expérience et d’innovation », en a pris plein la vue avec l’avion de chasse Yoan Makoundou ou le pyromane Mike James. En arrivant sur les terres de Rafael Nadal, on est saisi d’emblée par le caractère mythique et légendaire des lieux. Sur le parvis, les statues de l’Espagnol, de Jacques Brugnon et Jean Borata rappellent que Roland-Garros fait partie du panthéon du sport français.

C’est dans ce lieu chic et au cachet inimitable que le Paris Basketball espérait décrocher sa première victoire en championnat (0-5) face à l’un des prétendants au Final Four de l’EuroLeague (7 victoires en championnat et en C1). D’habitude résidents d’une Halle Georges-Carpentier désuète (4 800 places) dans le 13e arrondissement, les Parisiens ont une nouvelle fois affirmé leur ambition de devenir une place forte du basket français.

La culture de ce tout jeune club fondé il a quatre ans, à mi-chemin entre ambiance street nord-américaine, s’est invitée le temps d’une soirée aux Internationaux de France, réputés pour leur côté élitiste. D’immenses rectangles de verdure jalonnaient le central de Roland-Garros. Les plus téméraires sont arrivés dès l’ouverture à 11 h. Allongés sur des transats siglés Roland-Garros, ils ont profité  des quelques rayons de soleil au milieu de la grisaille parisienne. En se promenant sur le parvis, on peut y croiser influenceurs, Youtubeurs et même Eddie Viator – ancien arbitre international et responsable des sifflets français – costard impeccable et lunettes de soleil sur le nez.

En face du Suzanne Lenglen, le stunball a envahi les lieux. Une toute jeune discipline pensée de toutes pièces par Ice The Flow, triple champion de France de Freestyle Basket et collaborateur régulier avec Tony Parker. « Les règles sont similaires au basket », explique-t-il, pendant que les plus jeunes s’essayent à la discipline. « C’est un terrain hexagonal où il faut marquer dans ce qu’on appelle des “rings”, des paniers à la verticale. » Un peu plus loin, l’association Hall of game fait la promotion du e-sport et de son extension réalisée sur NBA 2K. « C’est comme au basket, il ne faut jamais sauter sur la première feinte », conseille l’un des ambassadeurs de l’association à l’un de ses jeunes pratiquants.

Toucher un nouveau public

Paris vs Monaco à Roland-Garros 16 octobre
Avant le match, petits et grands ont pu jouer au basket ou à NBA 2K (photo : Lilian Bordron).

À l’heure du déjeuner, d’immenses queues se forment autour des food-trucks. Au milieu de la foule, on y trouve Jules, un fervent supporter de Cholet, déraciné de Vendée et enamouré par l’ambiance façon Paris Basketball : « Ce que fait Paris, c’est fort et ça fait du bruit. Ce genre d’événement rassemble les gens et donne envie de suivre l’équipe. » Grand fan d’Axel Toupane et séduit par Juhann Begarin car « il a du flow », il affectionne particulièrement ce genre de match d’exhibition. Toucher un nouveau public, c’est d’ailleurs le but recherché par Mathias Priez et son équipe : « C’est un public qui, demain, ne viendra pas voir 30 matches dans la saison, mais une ou deux fois par an. Si on a des milliers de personnes qui viennent à chaque match, l’arena (située Porte de la Chapelle dont Paris prendra possession en 2023) sera plutôt bien remplie. »

Paris vs Monaco à Roland-Garros 16 octobre
La salle en train de se remplir (photo : Lilian Bordron).

À une heure du coup d’envoi, les tribunes se remplissent doucement. Des maillots de Stephen Curry et de Kylian Mbappé s’invitent à la fête. « Oh mon Dieu », s’extasie une touriste anglaise en arrivant, chapeau sur la tête, en découvrant l’écrin en configuration basket depuis les loges. Les tribunes sont proches du terrain. Le parquet reluisant scintille, les joueurs s’échauffent et prennent le pouls de l’événement. « Il n’y a pas forcément de grands fans de tennis dans l’équipe », dit Juhann Begarin, très en forme pour son retour à la compétition, « mais les Américains ont rapidement pris conscience de l’importance de cet événement. »

Un évènement pas loin de l’équilibre, malgré plus de 200 000 euros de dépenses

Le toit n’étant pas hermétique, des brèches laissent passer l’air ambiant. Il vous rafraîchit et vous caresse les pommettes. Des rayons de soleil vous réchauffent aussi le dos, à quelques minutes des premières empoignades. Le duo de speaker Rama et Dancy anime l’avant match avec un petit questionnaire sur l’historique de Roland-Garros, invite le public à se prendre en photo pour passer sur les écrans géants de la salle. L’échauffement s’intensifie, la musique aussi. En coulisses, officiels et organisateurs s’inquiètent. Les stickers soigneusement posés sur le parquet glissent et contrarient le clan monégasque. Un petit couac rapidement réglé dont le grand public n’aura pas eu vent. La fête du basket à Roland-Garros reste imperturbable. « Personne le voit, je suis un grand perfectionniste », sourit Mathias Priez.

Paris vs Monaco à Roland-Garros
Le Paris Basketball a investi pour faire de cet évènement une réussite (photo : Lilian Bordron).

Organiser un tel événement, c’est une affaire qu’il faut rondement mener. Dix mois de préparation, plus de 200 000 euros de budget, 160 bénévoles et une vingtaine d’heures de travail pour transformer le court de tennis en terrain de basket. Les équipes du Paris Basketball ont pris possession des lieux dès jeudi matin pour poser le parquet, installer les paniers et tout l’électronique. Une organisation millimétrée pour une première réussie. « Les chiffres financiers sont positifs », sourit, à chaud, Mathias Priez. « Si nous ne sommes pas bénéficiaires, l’équilibre est quasiment atteint. »

« Est-ce la plus belle soirée du basket français ? » ose David Kahn

Ballon du match sous le coude de longues minutes avant le coup d’envoi, David Kahn, ainsi que le très discret propriétaire Éric Schwartz, aperçu sur le Chatrier, ont réussi à donner une identité forte au Paris Basketball. Une ADN nord-américaine, bien évidemment. Des troupes de danse à la culture street ont rythmé la soirée. Loin des pom-pom girls ou des fanfares, qui peuplent souvent les salles de Betclic ÉLITE. Taquin sur les réseaux sociaux, parfois arrogant, le Paris Basketball cultive aussi cette différence dans les tribunes. Parisiis, le kop francilien officiellement lancé l’an dernier, s’est amusé à titiller l’avant-garde monégasque, Yoan Makoundou et Matthew Strazel, en scandant des « surcotés » pendant le match. Une ambiance bon enfant que l’ailier-fort de l’ASM semble avoir validé en hochant la tête et en lâchant quelques sourires en direction de la poignée d’ultras parisiens. « On apporte cette touche de jeunesse qui manque au basket français traditionnel », note Rédoine, parfois au mégaphone, souvent au tambour. Et d’ajouter : « On essaye de crier le plus fort possible pour l’équipe. On est des ambianceurs. Si le public dort, on s’en fiche un peu. »

Le reste de la salle a plutôt été timide et sur la retenue. Parisiis a réussi à faire quelques tours de hola, guère plus. Fondé en 2018, le Paris Basketball cherche encore sa fan base et réaffirme, par ce type d’événement, vouloir conquérir le grand Paris. Mais sans des résultats sportifs à la hauteur des attentes, un club n’est pas grand chose. Sauvé in extremis de la relégation l’année dernière pour sa première dans l’élite et invité en EuroCup cette saison, Paris apporte un vent de fraîcheur sur le basket français et tend à disputer l’EuroLeague à court terme. « Est-ce la plus belle soirée du basket français ? », questionne David Kahn, au sortir du salon VIP. Chacun se fera sa réponse. Mais ce simple questionnement en dit long sur les ambitions du Paris Basketball.

Sous les coups de 19h20, enfin, les derniers spectacles quittent Roland-Garros et croisent le bus du PSG, sous escorte policière, en route vers le Parc des Princes pour le Classique contre l’OM. Simple coïncidence ou signe du destin pour un club dont l’ambition est de devenir le deuxième club de la capitale derrière le PSG ? L’avenir le dira.

À Roland-Garros,

Paris veut s’exporter ailleurs en Île-de-France : « On a d’autres idées »

David Kahn Paris 2022-23
Eric Schwartz et David Kahn, tous deux au centre, sont les propriétaires du Paris Basketball (photo : Lilian Bordron).

Bercy l’an dernier. Roland-Garros, cette année. À chaque saison, sa destination insolite avec le Paris Basketball. Jouer sur le court Philippe-Chatrier, c’est comme imaginer Cholet jouer au Puy-du-Fou ou Strasbourg à Europa-Park. Totalement improbable mais le club de la capitale l’a fait. En amont de la rencontre contre l’AS Monaco sur les terres de Rafael Nadal, David Kahn a réaffirmé sa volonté de retourner à Bercy cette saison et de revenir à Roland-Garros l’année prochaine. « C’est important de rêver plus grand », résume le patron parisien, « on a d’autres idées en dehors de Paris, rien n’est encore défini » mais toujours en Ile-de-France.

Alors qu’en sera-t-il ? Rédoine imagine : «  Mon rêve, ce serait au Parc des Princes ou au Stade de France. Peut-être dans les années futures et encore… C’est utopique. Pour le moment, on ne réussit pas attirer assez de monde pour faire des événements encore mieux que celui-ci » . Le supporter parisien n’écarte pas non plus l’idée d’un PSG Basket. « PSG – Real, ce serait mythique», conclut-il, le sourire en coin.

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Qui a écrit ce papier ?

Théo Quintard

BEBASKET

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