« On va étudier l’hypothèse à fond » : la JL Bourg qualifiée sous réserve pour l’EuroLeague, mais va-t-elle vraiment y aller ?

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Malgré la très courte nuit qui a suivi le sacre européen de la JL Bourg, les négociations ont visiblement été particulièrement fructueuses pour Julien Desbottes en vue de l’arrivée en EuroLeague.
« La municipalité a prévu 5 millions, 5 aussi pour le Département, 12 pour la Région et normalement l’État va nous donner une subvention de 6 millions », glissait le président burgien mercredi midi dans les salons de l’hôtel de ville. Ce qui donne donc 28 millions d’euros. « Ça nous positionne comme Barcelone », poursuit le dirigeant. Le compte serait donc bon, s’il ne s’agissait évidemment pas d’une blague…
« Entre raison et passion »
Passé les effluves d’une célébration qui risque de se poursuivre quelques jours en Bresse, la JL Bourg va pourtant devoir se pencher sur cette question éminemment sérieuse : faut-il accepter l’invitation en EuroLeague, automatiquement allouée au vainqueur de l’EuroCup ? « Je vais pousser l’hypothèse à fond », promet Julien Desbottes. « On est entre raison et passion. La passion, c’est d’imaginer des JL Bourg – Barcelone ou des JL Bourg – Belgrade. Quand on est un enfant de basket et un enfant de la JL, renoncer à cela serait une énorme décision. »
Et la raison ? Gran Canaria avait tranché en 2023 en refusant son ticket en EuroLeague pour raisons économiques. « J’ai toujours annoncé que le principe fondateur de ce club était la pérennité », expose Julien Desbottes. « Il ne faut pas se mettre dans une lessiveuse. Notre public et notre environnement de club méritent qu’on ne le mette pas en danger. »
Pour cause, ce qui était encore possible il y a quelques années ne l’est désormais plus du tout. Il y a dix ans, lorsque la Pro A fêtait un nouveau champion chaque saison, Nanterre, Chalon-sur-Saône et compagnie n’avaient aucune question à se poser. Désormais, la donne est toute autre. L’EuroLeague est devenue une ligue semi-fermée, tournée comme un produit marketing, où l’appellation Bourg-en-Bresse n’aurait pas exactement le même attrait que Dubaï ou le Real Madrid.
Une dérogation pour Ékinox ?
De plus, le cahier des charges requis pour s’engager en EuroLeague est extrêmement lourd. Avec un premier écueil de poids : la salle, beaucoup trop petite pour les standards de l’EuroLeague (3 540 places). À l’image de la Chorale de Roanne en 2007, contrainte de s’exporter à Clermont-Ferrand pour accueillir le gotha européen dans une enceinte plus grande mais sans ferveur, la Jeu pourrait être contrainte de se délocaliser ailleurs, engendrant un énorme surcoût pour 19 matchs à domicile, même si l’exemple Monaco prouve qu’une dérogation est possible. Des discussions auraient d’ailleurs déjà été engagées en ce sens avec l’EuroLeague.
« J’aimerais que ce soit Ekinox », plaide Julien Desbottes. « Monaco joue bien dans sa salle… Pour moi, il faut passer par cette case. Si on nous dit que c’est un impératif de travailler autrement, on pensera à d’autres horizons. Il y en a plusieurs, soyez imaginatifs ! »

Des finances à doubler
Mais s’il n’y avait que la salle… Récemment, l’ASVEL a été sanctionnée par l’EuroLeague à cause d’une masse salariale trop faible, évaluée à 4,6 millions d’euros, loin du seuil minimum imposé par l’EuroLeague (5,846). Or, la JL Bourg est à 2,3 millions de masse salariale cette saison, ce qui nécessiterait une hausse de 154% pour se mettre en conformité.
Quant au budget, selon Julien Desbottes, il faudrait « le doubler », c’est-à-dire passer de 8 à 16 millions d’euros. De quoi promettre un tour de table ces prochaines semaines… « On a une force, c’est qu’on a beaucoup de partenaires », relève l’ancien joueur de… Nationale 4. « Doubler quand on donne 30 000 euros, c’est plus simple que lorsqu’on donne 300 000 euros. Pour chacun, c’est peut-être un effort imaginable. » Cela ne viendra cependant pas de la ville, qui a prévenu par la voix du maire Jean-François Debat, au micro de Ghislain Gros (Magville), que l’accompagnement serait structurel et non financier.
Reste que le modèle burgien détonnerait en EuroLeague, loin des institutions omnisports, où la section football éponge le déficit du basket, ou de ces clubs financés par un seul mécène qui assume seul les pertes. « Tous les clubs français qui jouent l’EuroLeague sont ultra-déficitaires avec derrière des fortunes personnelles (Aleksej Fedorychev pour Monaco, Eric Schwartz pour Paris, Tony Parker pour l’ASVEL, ndlr) qui abondent », rappelle Julien Desbottes. « Nous, on est le plus gros budget français encore à l’équilibre. Mais s’il nous manque trois millions d’euros à la fin, on se retrouvera seuls… »
François Lamy bientôt à Barcelone
Alors que les 20 équipes participantes à l’édition 2026/27 devraient être officialisées d’ici le mois de juin, la JL Bourg a donc un mois pour explorer toutes les options. À ce titre, le directeur sportif François Lamy est attendu prochainement à Barcelone afin de discuter directement avec les instances. Au-delà des finances et des structures, il faudrait également assumer la charge éprouvante d’une campagne à 38 matchs, soit 20 de plus que la saison régulière de l’EuroCup.
« Soit on sait le faire bien, soit on renoncera », synthétise Julien Desbottes, qui veut surtout éviter de mettre la Jeu en péril pour simplement assouvir un fantasme le temps d’une saison. « On ne fera pas n’importe quoi mais si on doit renoncer, ce sera après avoir étudié l’hypothèse très sérieusement. »
À Bourg-en-Bresse,






















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