Thomas Heurtel après France-Brésil : « On est trop statiques et prévisibles »

Thomas Heurtel n’a plus joué en équipe de France depuis 2022
La France a débuté son tournoi olympique par une victoire samedi face au Brésil (78-66). Sans briller, toujours aussi brouillons offensivement (19 pertes de balles) mais avec une intensité et une rigueur défensive en net progrès, les tricolores ont évité le piège auriverde et assuré l’essentiel en vue d’une qualification pour les quarts de finale.
Une première prestation dans le tournoi très attendue après une préparation pour le moins délicate, sur laquelle Thomas Heurtel, privé de J.O. pour raisons politico-diplomatiques (conflit entre la Russie et l’Ukraine), est revenu depuis Dubaï samedi soir au micro de l’émission First Team. L’ancien meneur des Bleus commençait par évoquer les choix du staff concernant le 5 majeur, à commencer par la présence de Matthew Strazel (1,82 m, 21 ans) pour démarrer la rencontre malgré un respect évident pour le joueur de Monaco (0 points et -1 d’évaluation en 4 minutes de temps de jeu).
« La mène est le poste le plus faible de l’équipe »
« En voyant le 5 majeur j’ai été surpris. Matthew Strazel il a peur de rien. Pour moi c’est un beau cadeau que lui fait Vincent Collet. Quand tu te retrouves dans le 5 de départ de l’équipe de France à 22 ans… Le chemin est grand ouvert pour lui. A la mène il n’y a pas forcément grand monde, c’est le poste le plus faible de l’équipe. » Avant de poursuivre. « Je l’imaginais davantage en sortie de banc. J’aurais plutôt mis Frank Ntilikina (1,93 m, 26 ans), avec son profil plus athlétique, plus défensif, plus grand, pour avoir un 5 majeur de grande taille. Surtout avec Nicolas Batum au poste 3 et la doublette Rudy Gobert-Victor Wembanyama dessous. C’aurait permis d’avoir un 5 athlétique. »
Le médaillé d’argent à Tokyo en 2021 revenait alors sur les choix du staff tricolore dans le secteur intérieur. « J’aurais mis Guerschon Yabusele (2,01 m, 28 ans) sur le poste 4 et Victor Wembanyama sur le poste 5. Surtout face au brésil, qui n’a pas de gros pivot pour venir poster sous le cercle. Et vu la prépa qu’a fait Guerschon, je pense qu’il aurait mérité d’être dans le 5 majeur. » Avant d’évoquer les problèmes offensifs des Bleus entrevus sur ce premier match. « Quand j’ai vu notre première attaque du match, un grand tir à 3 points à 9 mètres, je me suis dit : « on est dans la merde ». On est trop statiques et prévisibles […]. Alors d’accord Victor est hyper fort, c’est un alien, mais quand on va jouer contre des grosses équipes, comme la Serbie, il faut qu’il y ait d’autres mecs qui apportent […]. J’ai l’impression que Victor prend tellement de place dans l’équipe et dans le système que ça éteint un peu les autres joueurs. Contre le Brésil on s’en sort […]. Mais contre des grosses équipes comme la Serbie ou Team USA, ça passera pas. »
🗣 "On est trop prévisible en attaque, et contre des grosses équipes ça va pas passer !"
📺 Debrief France – Brésil avec Thomas Heurtel, dispo sur notre chaîne YouTube
📲 Présenté par @TradeRepublicFR pic.twitter.com/vdIVjJtymW
— First Team (@FirstTeam101) July 28, 2024
Un constat sans équivoque sur le fond de jeu des Bleus et des maux récurrents que le probable ex-joueur du Zenith Saint-Pétersbourg tentait alors de retracer. « Ça remonte à 2022 je pense (Euro). Quand Nico était plus en forme, même si ce soir il fait un énorme match et qu’il est pour moi le meilleur face au Brésil, il y avait beaucoup plus de coupes, de jeu sans ballon, etc. Depuis, c’est vrai que les systèmes on les joue à 8 mètres […]. Mais entre les joueurs qui jouent en EuroLeague, ceux qui jouent en NBA, ceux qui ont besoin de la balle et ceux qui ont besoin de faire 15 dribbles sur place pour shooter, c’est un peu compliqué. C’est ça le souci. C’est pas un sujet de connaissance du basket (de Vincent Collet). »
« Nicolas Batum a été le meilleur joueur de l’équipe »
Un jeu offensif encore une fois poussif pour les tricolores, sauvé notamment par les prestations XXL de Victor Wembanyama (2,24 m, 20 ans) (19 points à 7/13, 9 rebonds, 2 passes décisives, 4 interceptions, et 3 contres pour 25 d’évaluation) et Nicolas Batum (2,03 m, 35 ans) (19 points à 6/13, 5 rebonds, 2 passes décisives et 2 interceptions). Une perf’ de l’ancien joueur des Blazers que Thomas Heurtel ne manquait pas de souligner, admiratif. « Il a été le meilleur joueur de l’équipe. Je suis très, très content de le voir dans cette forme-là. Ca faisait longtemps qu’on l’avait pas vu comme ça. Il a défendu sur les meneurs adverses, nous a apporté beaucoup de leadership, et il a aussi planté des gros tirs. Il est vraiment en cannes. Il m’a vraiment surpris. »
Une performance de choix surprenante à ce stade de sa carrière (35 ans), que le médaillé de bronze au mondial 2014 aimerait voir déteindre sur Evan Fournier, peu utilisé par Vincent Collet samedi (7 points à 2/5 en 13 minutes) malgré une place de titulaire et une entame de match encourageante. Thomas Heurtel lâchait ainsi sur son « grand pote ». « Il s’est montré agressif dès le début […]. On aura besoin de lui. Il faut qu’il donne plus. Il a eu deux années compliquées à New York mais faut qu’il donne plus. Faut qu’il soit un leader offensif de l’équipe et qu’il plante plus de dix points (par match) si on veut rêver de médaille. »
« Nando est le seul qui peut vraiment créer sur pick & roll »
Des mots forts à l’endroit du leader offensif des Bleus au Mondial 2023, qui traduisaient la place que Thomas Heurtel entend voir Evan occuper sur cette campagne. Une campagne dans laquelle l’ancien de l’Elan Béarnais espère également voir Nando De Colo (1,95 m, 37 ans), autre cadre historique de l’EDF, jouer un rôle. Heurtel volait ainsi au secours du MVP du Final Four 2016 sous les couleurs du CSKA Moscou, peu responsabilisé par le staff tricolore face au Brésil (6 minutes de temps de jeu). « C’est le seul qui peut vraiment créer sur pick & roll […]. Ca fonctionne pas toujours mais c’est pas forcément de sa faute. »
Un message de soutien que le natif de Béziers complétait alors, comme pour rappeler aux sceptiques l’importance de la présence de Nando au sein de la sélection tricolore. « Il a joué des finales d’EuroLeague. C’est pas un match contre le Brésil qui va lui mettre la tête dans le sceau […]. Des mecs comme ça il faut toujours en avoir dans son équipe. Ils peuvent te sortir 4 ou 5 grosses minutes quand tu joues pour une médaille ou te changer le cours d’un match. »
Souhaitons que l’histoire donne raison à Thomas Heurtel et que Nando permette à l’équipe de France de rafler une deuxième médaille olympique d’affilée à Paris la semaine prochaine. Mais avant cela, les Bleus devront battre le Japon demain à 17h15 pour assurer leur qualification en quart de finale.






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