Afik Nissim, l’Israélien qui a marqué l’histoire de la Pro A : « Champion avec la SIG, c’était un rêve ! »

Afik Nissim lors de l’EuroBasket 2011 face à l’équipe de France de Tony Parker
Il n’a sûrement pas l’occasion de le parler autant qu’il voudrait. Mais quand on l’appelle, Afik Nissim répond toujours en français au téléphone.
Héritage d’une période marquante à la SIG (2003/05, puis 2006/08). Héritage, surtout, d’une jeunesse où il a baigné dans une culture française, de par sa mère, Parisienne de naissance, exilée en Israël à 17 ans. « On faisait régulièrement des voyages en France l’été, notamment pour aller voir ma grand-mère », raconte-t-il.
Décisif dans le titre strasbourgeois en 2005
Officiellement franco-israélien, Afik Nissim a fait honneur à ses racines tricolores en vivant une partie marquante de sa carrière en France, avec Strasbourg, où son nom reste ancré dans la mémoire locale grâce à sa participation prépondérante au seul titre de champion de France de l’histoire du club : 27 points en 20 minutes lors du quart de finale aller contre l’Élan Béarnais de Freddy Fauthoux puis un incroyable coup de chaud lors de la deuxième mi-temps de la finale pour renverser Nancy.
« L’autre jour, j’étais en muscu à Jérusalem et j’ai croisé quelqu’un de Strasbourg qui m’a reconnu », s’étonne-t-il. « À cause de la guerre, j’étais le seul absent de la célébration au Rhénus des 20 ans du titre fin juin. J‘étais vraiment déçu car c’est l’un de mes meilleurs souvenirs en carrière. J’étais jeune, j’avais été bon, on avait été champions : c’était un rêve ! »
Le basket pour panser les plaies
Un rêve légèrement terni par un départ évitable au cours de l’été, alors que la perspective de disputer l’EuroLeague lui tendait les bras. « On a négocié avec la SIG pendant des semaines mais cela n’a pas pu se faire. Puis un matin, j’ai décidé que j’en avais assez, que je voulais retourner à la SIG. J’ai appelé le club et ils m’ont répondu qu’ils avaient reçu la veille au soir le contrat signé de mon remplaçant. C’est la vie… » Particulièrement dommageable, surtout pour revenir en 2006, lorsqu’on sait, avec du recul, qu’il n’a finalement jamais disputé l’EuroLeague. « Est-ce que c’est un regret ? Bonne question. Je me la pose moi-même. Peut-être un petit… »

Au final, Afik Nissim n’a jamais goûté au gratin européen mais il a continué à jouer jusqu’à ce que son corps ne le suive plus, à 41 ans, avec son club, le Maccabi Rehovot, en troisième division. Rehovot, sa ville natale, où il s’est ré-installé depuis. Depuis 18 mois, il a lancé une association, Win Assit, qui cherche à reconstruire via le sport. « Le basket peut être une solution. On aide les gens blessés ou traumatisés par la guerre, les handicapés. Cela amène du positif dans leur vie. » Une activité qui concentre désormais tout son emploi du temps. « Malheureusement, en ce moment, il y a beaucoup de travail en Israël. »
« Du 60-40 pour les Bleus »
Particulièrement respecté en Israël, où il a été international pendant 13 ans, Afik Nissim peut profiter de sa notoriété pour obtenir des accès privilégiés. Ainsi, l’équipe d’Israël a participé à une activité de son association courant août. « On a organisé quelques activités pour la communauté, ciblant notamment les blessés et les soldats. Les joueurs étaient très contents de faire ça. La période est très spéciale pour nous, l’équipe nationale revêt encore une dimension supplémentaire. Tout le monde accepte que les joueurs jouent au basket pendant que leurs frères doivent se battre. C’est très difficile de comprendre ça mais c’est particulier sur place. »

Particulier, aussi, à Katowice, où la sélection israélienne est protégée en nombre par les services secrets et où le patriotisme exacerbé de ses supporters en tribunes est quelque peu déroutant, au vu de l’explosif contexte géopolitique créé par le gouvernement national. La présence d’Israël reste d’ailleurs largement contestée, avec des huées nourries pour son hymne national samedi avant le match contre la Pologne. Reste que sur le parquet, l’équipe coachée par Ariel Beit-Halahmy est assez intrigante, pour ne pas dire séduisante, avec Deni Avdija (Portland) en chef de file.
« Il y a eu beaucoup de changements ces dernières années », explique Nissim. « On a une nouvelle génération, très talentueuse et athlétique. Face à la France, beaucoup de choses vont dépendre de Yam Madar. » L’ancien strasbourgeois pronostique, en tout cas, des parties beaucoup plus serrées qu’à son époque de joueur, où il a affronté ses compatriotes français lors des championnats d’Europe 2011 (68-85) et 2013 (63-82). « Ça n’a jamais été équilibré, on a perdu grave (sic). Cette fois, je vois un match ouvert mais la France favorite quand même : 60-40 pour les Bleus. »


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