
« Je vais faire une entrée fracassante », annonce Iliana Rupert, son enceinte en main, avant de débarquer dans l’étuve servant de studio photographique accompagnée du traditionnel « We Are The Champions ». Quatre ans que les Berruyères n’avaient plus cassées leurs cordes vocales sur le titre de Queens à l’issue d’une finale de championnat de France. Soit une éternité pour un club comme Bourges… « Ça commençait à faire long, trop long à mon goût », soufflait la capitaine Élodie Godin. « Je suis vraiment contente de ramener la Coupe à la maison ! » Il faut ainsi remonter jusqu’à l’intervalle 2000 – 2006 pour voir le trophée éloigné pendant aussi longtemps du Prado. La marque de l’émergence de nouvelles puissances, comme l’ASVEL, mais aussi du Covid, qui a empêché le sacre d’une équipe en 2020 puis couronné une surprise l’année dernière, Basket Landes, sous le format d’un Final Four.
La joie des Berruyères au buzzer final)
(photo : Olivier Martin)
Alors il y avait comme un air de retour à la normalité de voir Bourges remporter de nouveau le titre de champion de France au terme d’une finale expédiée contre l’ASVEL (3-0). Le quinzième de son histoire, un record, désormais deux longueurs devant les reines clermontoises des années 70. « La culture de la gagne est toujours bien présente à Bourges », rayonnait la présidente Agnès Saint-Gès, victorieuse pour la première fois de son mandat après avoir eu la lourde tâche de succéder au bâtisseur Pierre Fosset. « Je suis très fier de ramener le quinzième titre et de poursuivre le parcours de ce club, qui m’est très cher, auquel je m’étais engagé auprès de mon prédécesseur. »
Super Mann
La culture de la gagne, c’est aussi un esprit club qui ruisselle jusqu’au terrain, lorsque le bâteau tangue. Dans la chaleur étouffante de la salle Mado-Bonnet, les Tango ont traversé une série noire à cheval entre les deux mi-temps : 10 minutes et 14 secondes sans le moindre panier, de quoi laisser l’ASVEL reprendre le momentum (de 20-27 à 35-30). Cinq points d’écart seulement, certes, mais un petit début de vertige dans une rencontre aussi fermée. Jusqu’au moment choisi par Super Mann pour ramener l’ordre dans la cité berruyère ! Scotchée à 2/12 aux tirs, la vétérane californienne aurait facilement pu sombrer. « En ratant autant de tirs ouverts en première mi-temps, elle aurait pu tomber dans le piège de se dire que ce n’était pas son soir », reconnaissait son coach Olivier Lafargue, avant d’enchaîner avec une phrase aussi explicite qu’inachevée. « D’avoir des gens comme cela qui vont au-delà de la douleur… » En trois minutes, Kristen Mann a ainsi brisé la spirale négative en enchaînant quatre tirs d’affilée, dont deux flèches majorées. Une folle série forcément salvatrice (41-51, 33e minute puis 53-59, score final) pour un groupe contenu jusque-là à 29% de réussite collective. « Je ne sais même plus dans quel quart-temps je mets tous ces shoots », avouait la future landaise dans un grand éclat de rire. « Le quatrième ? Merci, tout est si flou là. Mais je suis une shooteuse, il faut avoir une mémoire courte. Je savais que mes tirs allaient rentrer à un moment donné. »
Huit passes décisives sur 19 paniers pour Elin Eldebrink
(photo : Olivier Martin)
« Des joueuses n’y ont pas cru »
Quinze ans après avoir posé ses valises pour la première fois en France, à Tarbes, déjà vue dans huit clubs différents, Kristen Mann pourra donc savourer son destin d’être l’héroïne inattendue d’une finale qui la verra décrocher sa toute première bague nationale à 38 ans. La récompense collective de deux années de continuité à Bourges, de travail dans la durée, de la construction d’une alchimie collective, d’une vraie équipe. Tout ce qui aura manqué, en somme, à l’ASVEL, plombée par des fractures entre le coach Pierre Vincent et ses leaders, fantômatiques ce samedi (-2 d’évaluation pour Ingrid Tanqueray, 6 points à 2/9 pour Julie Allemand, 3 points à 1/5 pour Marine Johannès). « Bourges est une équipe complète, qui possède ce qui nous manque », pointait spontanément le technicien rhodanien, avant d’énumérer les carences de son groupe. « L’engagement, l’abnégation, le courage, la cohésion… Il y a des joueuses chez nous qui n’y ont pas cru, qui ont fait les choses à moitié, qui ne sont pas rentrées dedans parce que c’est exigeant, difficile. Tout le monde n’a pas été à l’unisson alors qu’il faut être aveuglement déterminé dans le projet collectif. Face à des équipes moins intenses, moins organisées, on met beaucoup de points mais dès que le niveau de jeu s’élève, on est face à nos limites. »
En l’occurrence, difficile de trouver des altitudes plus élevées que la qualité de jeu affichée par Bourges cette saison. Victorieuses en EuroCup, championnes de France, simplement privées d’un triplé historique par une prolongation mal négociée au terme d’une finale dantesque de Coupe de France, les Tango ont été l’un des tubes de l’année en Europe ! « Bourges a dominé la saison, elles méritent leur titre », clamaient d’une seule voix Pierre Vincent et Ingrid Tanqueray. « Si on n’est pas heureux après une saison comme celle-ci », laissait échapper Olivier Lafargue, dans une joie très contenue. « On va au bout dans toutes les compétitions. On fait une super saison, on a été très forts mentalement. Là, il y a la fierté du travail accompli… » Deux années d’efforts et de sacrifice pour déboucher sur un entraînant « We Are The Champions » dans les entrailles de la salle lyonnaise. Presque vraiment le refrain d’un retour à la normale en LFB…
À Lyon,


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