Légendaire ASVEL, sacrée championne pour la 21e fois de son histoire !

Crédit photo : Infinity Nine Media

Au terme d'un Match 5 de légende, l'ASVEL a arraché le 21e fois de son histoire en prolongation contre l'AS Monaco (84-82). Le club villeurbannais réalise le premier triplé depuis Limoges 1988 - 1990, une formidable preuve de sa tradition d'excellence dans le championnat de France.

Il fallait une action de légende pour conclure un match de légende. Et celle-ci, peut-être que seul Élie Okobo l’avait vu venir… « Je savais que William allait mettre son contre, c’est pour ça que je m’arrête », rigolait le Bordelais après coup. Pourtant, quand Paris Lee a piqué la balle dans les mains de Chris Jones pour s’envoler vers le lay-up du titre à 15 secondes du buzzer (83-82), avec quatre mètres d’avance sur les premiers défenseurs, l’Astroballe s’est figée… Et puis, William Howard a surgi, claquant le ballon contre la planche. « Je vois Chris qui perd la balle », raconte-t-il. « Je cours, je crois que Paris Lee ralentit. À ce moment, tu ne réfléchis pas, c’est l’instinct qui décide. » Il fallait bien cela, aussi, pour qu’un supporter de l’AS Saint-Étienne s’immisce avec fracas dans la mémoire collective d’un club lyonnais.

Le premier triplé depuis 32 ans, témoignage d’une tradition d’excellence

Entre ici, Villeurbanne. Au cénacle des très grands de ce championnat. Dans une Betclic ÉLITE autrefois ouverte aux quatre vents, consacrant dix champions différents entre 2004 et 2014, l’ASVEL a ramené de l’ordre et de la hiérarchie. Désormais dotée de 21 couronnes nationales, dix longueurs devant son premier poursuivant (Limoges), l’institution rhodanienne vient d’empiler quatre trophées en six années, un marqueur du retour de sa domination sur l’époque. Surtout, après 2019 et 2021 (saison annulée en 2020), elle rejoint au Panthéon le Foyer alsacien Mulhouse des années 1920 (1923 – 1926 et 1927-1931, seul quadruplé de l’histoire), sa devancière des années 1950 (ASVEL 1954 – 1957) menée par Henri Grange et l’invincible Limoges des années 1980 (1982 – 1985 et 1987 – 1990), dernière équipe en date à avoir réalisé un triplé.

C’est dire l’immense performance signée par l’ASVEL, au cœur d’une Astroballe en délire pour ce Match 5. C’est à la fois le témoignage d’une tradition, d’une culture et d’un savoir-faire. Car non, cette équipe villeurbannaise n’était pas la plus forte du championnat. Parvenue jusqu’aux portes du Final Four de l’EuroLeague, l’AS Monaco la dominait en tous points, des individualités jusqu’au potentiel. Mais la Roca Team naviguait difficilement entre ses inconstances, ses fragilités et une identité de jeu souvent illisible. La force de l’histoire a parlé : le club de Tony Parker sait gagner, personne ne l’a fait autant fait que lui, ce qui n’est pas négligeable au moment d’aller arracher un match pour un titre, même face à certains des plus forts talents d’Europe.

« Ce titre, c’est celui de T.J. Parker »

Surtout, justement, l’ASVEL était la plus forte équipe des deux, au sens noble du terme. Un vrai collectif, derrière deux virtuoses sur la ligne arrière, Élie Okobo et Chris Jones. Il faudra notamment saluer la réussite de T.J. Parker, dont le procès en légitimité est de moins en moins défendable. Pour la deuxième fois d’affilée, le natif de Valenciennes a dominé tactiquement une finale du championnat de France. Ses ajustements ont été payants, à commencer par la lutte aux rebonds à la suite d’un naufrage dans le secteur dès le Match 1, et le jeu proposé fut infiniment plus riche et varié que celui de Sasa Obradovic. « Je suis trop content pour lui », triomphait son président de frère, Tony Parker. « Ce titre, c’est le sien. Il a été très bon toute l’année au niveau du coaching. Il faut lui donner beaucoup de crédit. Lors de la dernière minute de la prolongation, jamais de la vie j’aurais pensé qu’il appellerait un système pour William Howard au lieu de Jones ou Okobo. Il a eu les cojones de le faire. Derrière, William marque à trois points et pour moi, c’est le tir qui donne le titre. »

Difficile, cependant, de savoir à quel moment exactement l’ASVEL a conquis son trophée tant ce match fut invraisemblable, renversant, déjà inoubliable. L’un des plus beaux de l’histoire du championnat de France, sans aucun doute. « J’ai rarement vécu une rencontre comme celle-là », avouait Tony Parker, qui en a pourtant vu d’autres. Villeurbanne l’a gagné trois fois, l’a perdu trois fois. Pareil pour Monaco. Après une entame de feu (24-7, 8e minute) face à une défense apathique, la « Vieille Dame » a ensuite été progressivement étouffée par l’intensité de la Roca Team, bien en peine de trouver le chemin du cercle sur jeu posé. Jusqu’au point de se retrouver dans les cordes (60-68, 36e minute), sur un panier du soliste Dwayne Bacon (14 points à 6/14), après une énième perte de balle évitable (17 au total). « À -8, c’était tendu », tente de se rappeler William Howard, quelque peu perdu dans ses brumeux souvenirs. « C’est dur mais tu continues à te battre. Ça ne sert d’arriver aussi loin pour lâcher comme cela. »

La force de l’histoire, ce qui sépare encore l’équipe la plus titrée du championnat d’un club qui échoue constamment à enfiler sa première couronne, trouve certainement son incarnation parfaite dans ce money-time d’une densité absolue. À vrai dire, on ne sait quoi évoquer : le désormais quintuple champion David Lighty qui ralluma la flamme d’un tir primé dans le corner, la minute Chris Jones, le and-one d’Élie Okobo aussi libérateur que frustrant quand il manqua le lancer-franc du titre à 1,8 seconde du buzzer final, tous ces tirs de réparation ratés par le MVP qui auraient pu coûter si cher (1/5)… On choisira de se rappeler de William Howard (15 points à 5/9, 9 rebonds et 2 contres). Grâce à sa folle séquence, offrant à la Roca Team les commandes du match pour la première fois (55-61, 31e minute) en enchaînant huit points en quelques secondes, Mike James aurait pu être le héros. Si maladroit (16 points à 5/21, 10 rebonds et 4 passes décisives), à l’image de sa finale (27/84), il laissera ce statut au Montbrisonnais, à créditer d’une prolongation de titan avec deux flèches longue distance et l’interception décisive dans les mains de Dwayne Bacon sur la dernière possession, en plus du contre de l’année. « Will est un joueur incroyable », applaudissait Élie Okobo. « Il nous a amené de l’énergie, il a mis des gros tirs, il a joué avec énormément de confiance. Quand il met ses shoots et qu’il défend comme cela, ce n’est que du bonus pour nous. »

Monaco a provoqué son funeste destin

Trois ans jour pour jour après sa désillusion dans les 37 degrés de l’Astroballe en 2019, l’histoire s’est donc répétée au même endroit pour l’AS Monaco. Mais si tout le mérite d’avoir poussé la série en cinq matchs lui revenait à l’époque, la Roca Team ne pourra cette fois que s’en prendre à elle-même pour s’être retrouvée suspendue à la course au ralenti de Paris Lee. En choisissant délibérément de ne pas jouer deux rencontres de la finale, l’ASM a provoqué son funeste destin et restera encore invisible au palmarès du massif trophée de Betclic ÉLITE, malgré les moyens colossaux déployés. « Dans le basket, on ne peut pas calculer », pestait Sasa Obradovic. « En faisant cela dans les Matchs 2 et 4, nous avons permis à l’ASVEL de revenir avec un maximum de confiance. Par exemple, alors qu’il est un shooteur inconstant, Marcos Knight est soudain devenu leur meilleur shooteur. Tout était entre nos mains, il faut que l’on trouve le moyen de gagner ces grands matchs… » Déjà engagé avec Monaco pour la saison prochaine, Élie Okobo pourra sûrement leur apporter quelques précieux conseils de ce point de vue-là…

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En une seule petite saison, l’enfant de l’Élan Béarnais a pu observer de près la tradition d’excellence de l’ASVEL, incarnée par son président Tony Parker. « Je suis nostalgique quand je regarde le chemin parcouru », savoure TP. « On est à l’ASVEL pour gagner des titres, les gens le savent. Effectuer un triplé, c’est très rare. Quand je pense three-peat, je pense aux Chicago Bulls alors le faire dans notre pays, c’est incroyable. Marquer l’histoire, c’est vraiment dur et je suis très heureux de continuer de gagner, d’avoir amené cette culture de la gagne. » Cette dernière phrase est légèrement inexacte puisque Villeurbanne était déjà le club le plus titré de l’histoire lors de sa prise de pouvoir mais l’union entre la tradition d’une institution et l’homme qui transforme tout ce qu’il touche en or n’a fait que renforcer cet état de fait : l’ASVEL est au firmament du basket français et n’est pas prête de descendre de son trône. Le plus grand club de l’histoire ?

À Villeurbanne,

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Qui a écrit ce papier ?

Alexandre Lacoste

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