Steeve Ho You Fat, l’autre vedette des Mets aux États-Unis : « Un nom de famille qui explose les cerveaux ! »

Crédit photo : ESPN2

Si Victor Wembanyama est évidemment le sujet principal qui agite la sphère basket aux États-Unis, l'un de ses coéquipiers a provoqué un énorme buzz de l'autre côté de l'Atlantique. Il s'agit de Steeve Ho You Fat, propulsé en pleine lumière grâce au côté comique de son nom de famille. Une situation cocasse qu'il traverse avec beaucoup de plaisir.

 « Avec le buzz actuel, peut-être que ces maillots vont refaire surface », rigole Steeve Ho You Fat depuis Las Vegas, à l’évocation de tuniques choletaises emportées en 2009 dans les valises d’anciens coéquipiers américains, désireux de garder un souvenir de l’un des noms de famille les plus uniques du sport mondial. « Ho You Fat », soit d’abord une injonction vulgaire en rapport avec le plus vieux métier du monde (pour reprendre l’expression de Rudyard Kipling), la prostitution, puis littéralement, « Toi gros », largement compréhensible comme « Tu es gros » dans un anglais argotique. « Je sais que j’ai un nom qui fait rire tout le monde et qui explose les cerveaux », sourit-il. « Ça fait des années que je pensais que ça allait arriver, depuis le moment où j’ai vu la réaction des Ricains de Cholet sur mon nom de famille. Ils étaient tous devenus fous. Moi, au début, je ne parlais pas trop Anglais donc je ne comprenais pas. Mais vu que c’est facile d’apprendre trois mots, j’ai vite compris ce qui arriverait si je mettais un jour les pieds aux États-Unis. »

Un nom de famille qui renvoie à ses origines… chinoises

Et de fait, quatorze ans jour pour jour après sa première apparition dans un match professionnel (à Roanne le 4 octobre 2008), Steeve Ho You Fat est devenu la star imprévue de la tournée des Metropolitans 92 à Las Vegas. « Honnêtement ? C’est un vrai kif », s’exclame-t-il. Habitué à la confidentialité des salles françaises, le Guyanais a vécu une carrière entre deux eaux, souvent dominant en Pro B (16,3 d’évaluation en 2012/13 et 2017/18, à chaque fois avec Évreux) mais un peu trop juste pour évoluer à l’étage supérieur, avec une tentative avortée à Cholet en 2013/14, avant une signature à Roanne en 2019, où « Jean-Denys Choulet [l’a] propulsé ». Mais à part cela, le Levalloisien vivait le côté comique de son patronyme dans un anonymat relatif, simplement résumé à des séances vidéos adverses qui partent en vrille quand vient l’heure d’étudier son profil ou des réactions interloquées de ses acolytes états-uniens. « C’est toujours la même chose avec mes nouveaux coéquipiers américains : dès que je mets mon maillot pour le premier match officiel, il y a un bug. Avant, les mecs sont concentrés, avec leurs casques, et ça le fait à chaque fois, ils deviennent fous. Le dernier en date, Tremonte Waters, il était mort, il n’en pouvait plus. Il me faisait : « Mais attends, tu t’appelles vraiment Ho You Fat ? C’est exceptionnel ! » »

Steeve Ho You Fat savoure la soudaine célébrité qui s’offre à lui (photo : Sébastien Grasset)

Ainsi, Steeve Ho You Fat savait précisément ce qui allait se passer à la suite de ce premier match ultra-médiatisé contre G-League Ignite. « Je l’ai dit à tous les mecs de l’équipe : je vais à Las Vegas pour rencontrer mon destin », s’esclaffe-t-il. Depuis, son téléphone n’arrête plus de sonner : un message toutes les 5 minutes, un nombre de followers sur Instagram qui a presque déjà quadruplé, des mentions par milliers sur Twitter, + 27 218% de recherche pour son profil sur Proballers, un article dans le New York Post, l’humoriste Kevin Hart qui manque de s’étouffer en direct sur SportsCenter en apprenant son existence (voir la vidéo ci-dessous)… « Tout le monde veut mon maillot, les gens sont soufflés par le truc, ils me demandent si c’est vrai. » Et oui, évidemment, c’est vrai. Le nom de famille Ho You Fat renvoie aux origines chinoises de l’intérieur, avec un grand-père qui a migré de la région de Canton vers la Guyane, pour s’y établir durablement et travailler dans la logistique portuaire. À Cayenne, son père a ensuite rencontré sa mère, d’origine africaine, dont les ancêtres avaient eux été forcés de partir en Amérique du Sud pour une raison beaucoup moins acceptable, l’esclavage. Avant qu’un commentaire amusé devant des millions de téléspectateurs sur ESPN2 (« Ho You Fat à trois points. Oui, je viens juste de dire ça. C’est le nom de cet homme, ne m’envoyez pas de messages sur Twitter ») ne projette soudainement cette lignée mixte sur le devant de la scène… « On est à l’heure du digital, ça prend des proportions incroyables. Mon téléphone vibre en permanence, j’ai vu que mon nom était dans les tendances Twitter. C’est vraiment kiffant, d’autant plus qu’il n’y a pas un seul message négatif. »

Dans un autre monde à Vegas

Soit une situation qui sort de l’ordinaire pour lui, habituellement un simple joueur de rôle en Betclic ÉLITE (11 minutes de moyenne), à l’image du voyage actuel des Metropolitans 92, complètement inédit dans l’histoire du basket français. Alors qu’ils auraient dû se déplacer à Roanne ce week-end, leur saison de Betclic ÉLITE est mis entre parenthèses pour les besoins d’une opération de communication orchestrée par la NBA, une opposition grandeur nature entre les deux plus grands prospects de la Draft 2023, Victor Wembanyama contre Scoot Henderson. « C’est déstabilisant car ça sort complètement de ce dont on a l’habitude », expose Steeve Ho You Fat, effectivement plus familier des Ibis de villes de sous-préfecture plutôt que du faste du MGM Grand, l’un des hôtels – casinos les plus célèbres du Strip. « Mais ce voyage est hyper enrichissant. Nous sommes dans une période où beaucoup de choses se renouvellent, se transforment. Le seul point dommageable est que ça ne profite pas à l’ensemble de notre championnat : je donne un exemple un peu au hasard mais on aurait pu inviter des arbitres français. » Comme ses coéquipiers, l’ancien intérieur du BC Orchies a mis les pieds dans un autre monde, passant du charme désuet de certaines enceintes hexagonales (comme celle où il a le plus brillé, la salle Jean-Fourré d’Évreux) au gigantisme de la NBA, avec une organisation réglée comme du papier à musique. « Au niveau spectacle, c’est une autre dimension », souligne-t-il. « Tout est vraiment mis en œuvre pour que le match soit un show. Je ne dis pas qu’il faut copier la NBA mais on gagnerait à étudier leur façon de faire. Revoir notre méthode pourrait être intéressant, notamment pour attirer plus de public. »

Comme ici à Roanne, en 2014/15, le nom Ho You Fat a toujours fait sensation dans ses équipes (photo : Sébastien Grasset)

Et niveau basket ? Des règles différentes, 48 minutes au lieu de 40, un terrain légèrement plus grand. Mais à part ça, « ça reste du basket » donc pas grand chose, à part la prime donnée à l’attaque et au spectacle qui rend les choses plus difficiles. Pour leur première dans un format NBA, les joueurs de Boulogne-Levallois ont d’abord éprouvé quelques difficultés à se libérer, avec 22 points d’avance à l’entame de la seconde mi-temps (52-74), avant de progressivement prendre leurs marques (défaite 115-122 au final). « On a un peu stressé mais on a joué un meilleur basket dès qu’on s’est relâché et on a pris du plaisir », raconte celui qui a compilé 6 points à 3/4, 1 rebond et 1 contre en 17 minutes de jeu. Un retour rendu possible par le coup de folie de l’acteur principal de la rencontre, Victor Wembanyama, aux centres de toutes les attentions, lui qui ne peut se déplacer sans que des dizaines de téléphone ne soient braqués vers son immense silhouette. « C’est impressionnant : les gens lui courent après, tout le monde l’arrête. Dans la rue, dans l’avion, à l’aéroport, qu’ils le connaissent ou pas, les gens vont l’arrêter. C’est déjà une telle star aux États-Unis. »

« À 34 ans, je réalise mes rêves grâce à mon coéquipier de 18 ans ! »

Dans ce contexte, alors qu’il était le joueur le plus attendu du match, sa performance est encore plus méritoire. La pépite du Chesnay a ébloui les États-Unis avec 37 points à 11/20 aux tirs, dont 7/11 à trois points, 4 rebonds et 5 contres. « Il faut bien dire qu’il était en terre hostile en plus », insiste Ho You Fat. « L’atmosphère était contre lui. La première mi-temps a été très dure : il a mal commencé, Henderson était très fort, provocateur. Mais Victor est resté concentré, il est revenu fort et il a tout explosé. Il a pris une dimension stratosphérique après la pause. Il a fait des choses très simples, qu’il maîtrise : il ne réfléchit pas trop, il court et il envoie ses shoots. Il était hué en début de match mais j’ai clairement senti qu’il avait mis tout le monde d’accord dans la salle au final. » De quoi renforcer son statut de favori pour la place de n°1 de la Draft… « Je suis impressionné par sa façon de gérer tout ce qui l’entoure », poursuit son coéquipier. « Il est très humble, vachement à l’écoute et il applique tout ce qu’on lui dit. Il est tellement mature que ça force le respect. Mais au final, OK, on a des conseils à lui donner mais c’est surtout lui qui a quelque chose qui a nous montrer. Je n’ai jamais côtoyé un tel talent pur. À 34 ans, c’est hyper enrichissant de l’observer, de l’écouter s’exprimer. »

Avant cette tournée américaine, Steeve Ho You Fat avait surtout connu une carrière de journey-man en Pro B (photo : Sébastien Grasset)

À travers les mots sincèrement enthousiastes de Steeve Ho You Fat se ressent aussi la profonde gratitude qu’il peut éprouver à l’égard de son jeune compère, qui lui ouvre tant de portes insoupçonnées, du haut de ses neuf saisons de Pro B. « Je vis beaucoup de choses à travers Victor et je l’en remercie énormément. J’ai essayé moi tout seul de vivre ce rêve là lors de toute ma carrière, je n’ai pas réussi. Et à 34 ans, je réalise mes rêves grâce à mon coéquipier de 18 ans, c’est énorme ! C’est un choc des générations. Je suis hyper reconnaissant envers lui mais aussi envers moi-même car il fallait continuer à bosser et c’est cool que ça ait payé. » À travers ce voyage à Sin City, le Metropolitan est en réalité renvoyé 10 ans en arrière, lors de son premier séjour aux États-Unis. À l’époque, il participait à un camp estival à Dallas et avait, évidemment, fait sensation grâce à son patronyme. À tel point qu’on lui avait sérieusement fait miroiter l’impossible… « On m’a dit : « Rien qu’avec ton nom de famille, tu peux aller en NBA. » » Il avait finalement signé à Cholet mais gardait depuis ce séjour, dans un coin de la tête, la perspective d’une célébrité soudaine outre-Atlantique. « Sauf que surfer sur mon nom de famille à l’époque n’était pas valorisant. Je n’ai jamais été quelqu’un qui court vers l’argent : je me serais mieux senti si j’avais pu y aller grâce à mes performances sur le terrain que grâce à mon nom de famille. Mais quand j’ai entendu qu’on allait à Vegas, je me suis dit : « Ça y est, tout ce qui devait arriver à l’époque va maintenant arriver ». C’est intéressant de voir la réaction des gens maintenant alors que de mon côté, j’y pense depuis 10 ans, que j’espère me faire remarquer. J’ai plus de recul et de contrôle de mes émotions donc je ne vais pas cracher dessus, je vis cela avec beaucoup de plaisir, je kiffe vraiment ! » La preuve que cette semaine, le rêve américain n’était finalement pas seulement réservé aux jeunes prospects !

par

Qui a écrit ce papier ?

Alexandre Lacoste

BEBASKET

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