Recherche
Recherche
  • À la une
  • Présaison LNB
  • Mon actu
  • Matchs
  • Frenchies
  • Pro Basketball Manager
  • Mes joueurs
  • Collection
  • Scouting
  • Records
  • Équipe de France
  • Interviews
  • CONTACTEZ-NOUS

"J'étais persuadé d'avoir passé Batum" : le contre légendaire des JO raconté par Klemen Prepelic

Alors que Nicolas Batum a officialisé sa retraite lundi, son nom restera éternellement associé en France à celui de Klemen Prepelic. Du mauvais côté de la photo lors du contre légendaire de la demi-finale des Jeux Olympiques 2021, le shooteur slovène avait longuement raconté cette action l'année suivante.
"J'étais persuadé d'avoir passé Batum" : le contre légendaire des JO raconté par Klemen Prepelic
5 août 2021, destins croisés : Batum devient un héros national, Prepelic manque l'opportunité d'une vie
Crédit photo : FIBA
MARRE DES PUBS ?

Abonnez-vous pour profiter dès maintenant d'une lecture fluide, rapide et sans aucune pub.

À partir de 5€Essai gratuit

À l'occasion de la retraite de Nicolas Batum, nous vous proposons de revisiter l'action la plus iconique de sa carrière à travers un regard inédit : celui de sa victime.

PROFIL JOUEUR
Poste(s): Arrière
Taille: 191 cm
Âge: 33 ans (20/10/1992)
Nationalités:
logo slo.jpg
Stats 2026-2027 / Qualif' Coupe du Monde
PTS
12
#66
REB
1,3
#209
PD
4,3
#25

Le 5 août 2021, à Saitama, Nicolas Batum s'envolait pour contrer Klemen Prepelic à deux secondes de la fin de la demi-finale olympique, propulsant l'équipe de France vers la finale au détriment de la Slovénie. Une action entrée dans la légende du basket français, et qui a fait du Normand un héros national.

Mais qu'en est-il de l'autre côté du terrain ? En mars 2022, Klemen Prepelič avait accepté de revenir en détail pour Basket Le Mag sur cette dernière possession, avec une franchise rare : le déroulé exact de l'action, le poids mental de la revivre en boucle, et la manière dont il a appris à vivre avec, sans jamais sombrer dans le regret. Un témoignage que nous vous proposons de (re)découvrir en intégralité, quatre ans et demi après l'entretien.

Klemen Prepelic :
"Très peu de joueurs au monde auraient pu réaliser un tel contre"

Klemen, cette demi-finale olympique de 2021 entre la France et la Slovénie était-elle le plus grand match sportif de l'histoire en Slovénie ?

Oui, c’était quelque chose d’énorme. Bon, je ne sais pas quel était le match le plus important entre la finale de l’EuroBasket en 2017, la finale du TQO 2021 en Lituanie ou cette demi-finale mais il est évident que ce n’était pas une rencontre anodine.

Je crois que ça a été un très bon match des deux côtés, avec une grosse qualité de jeu. Malheureusement, on n’arrivait pas à trouver le chemin du panier : le seul joueur capable de marquer chez nous en première mi-temps était Vlatko Cancar. Il nous a maintenus dans le coup. Ensuite, en seconde période, Nando (De Colo) et Evan (Fournier) ont été incroyables. Peut-être que l’on aurait pu jouer une défense plus agressive sur les pick-and-roll mais cela aurait sûrement permis à Gobert d’avoir le chemin ouvert pour des dunks. Il faut savoir abandonner quelque chose. Pourtant, on a quand même su se débrouiller pour obtenir la possession de la victoire et j’ai manqué le dernier lay-up. C’était une super action de Batum. Il n’y avait probablement que très peu de joueurs capables d’effectuer un tel contre et il en faisait partie (il rit jaune)… C’est dur, c’est douloureux.

Cette dernière action où vous avez la finale olympique au bout des doigts, y repensez-vous souvent ?

Être à cinq centimètres d’une finale olympique ou d’un match pour la troisième place, cela fait une immense différence. Ça a été dur à digérer d’un point de vue personnel bien évidemment, cela le serait pour n’importe quel athlète. Je n’ai pas arrêté d’y penser pendant très longtemps mais à un moment, il faut savoir tourner la page.

Un jour, je serais fier de dire à mon fils que c’est son père qui a eu la chance d’envoyer la Slovénie en finale des JO. Alors oui, je l’ai raté mais au moins, j’étais là. Des milliards de personnes auraient aimé être à ma place. Je suis fier de moi et de mon équipe : on aurait pu faire mieux sur ce match mais c’était une demi-finale, il y avait tellement de pression… C’est le sport, une seule équipe pouvait gagner.

Est-ce le plus grand « et si ? » de votre carrière ? Pensez-vous souvent : "Et si je l'avais marqué ?"

Non non, je ne regarde jamais les choses comme cela. Sinon, je me dirais : « Et si je n’avais pas fait ce dernier quart-temps en finale de l’EuroBasket 2017 contre la Serbie ? (7 points dans les cinq dernières minutes pour offrir le titre à la Slovénie, ndlr) » Je ne vais pas cacher que je continue de penser à cette action mais si je me flagellais à son propos, je ferais mieux de tout simplement arrêter ma carrière dès maintenant.

"Luwawu-Cabarrot m'a ralenti pendant un instant"

Pouvez-vous décrire l’action telle que vous la voyez ?

On savait que la France allait faire une prise à deux sur Luka (Doncic). Il ne pouvait rien faire, il était face à l’un des meilleurs défenseurs du monde, Rudy (Gobert), puis Batum est venu en aide. Il fallait qu’il donne la balle. Quand je l’ai reçu, j’ai filé directement au cercle. Honnêtement, je pensais que j’avais passé Batum. Mais Luwawu-Cabarrot était là, il m’a ralenti pendant un instant.

De Colo plutôt non ? C’est lui qui fait un mouvement vers le ballon…

Non non, je parle bien de Luwawu-Cabarrot. Il était sous le panier avec Mike Tobey, c’est lui qui m’a fait perdre un peu de vitesse. Nando n’a rien à voir avec cela. En fait, j’ai été un peu surpris de voir Luwawu-Cabarrot ici, j’ai ralenti pour ne pas faire un passage en force et c’est peut-être pour cela que Batum a réussi à m’attraper.

Batum Prepelic
La photo iconique de la FIBA

Donc vous n’avez jamais vu Batum arriver ?

Non non, j’étais persuadé de l’avoir passé. Il n’y a que très peu de joueurs au monde qui auraient pu faire ce contre. Malheureusement pour nous, Batum en faisait partie. Quand je vous dis que je ne réfléchis pas avec des « et si », Batum est quelqu’un qui avait manqué trois lancers-francs en demi-finale de l’EuroBasket 2015 à la maison. Et six ans après, il est devenu un héros national. Vous ne pouvez pas vous arrêter à un mauvais évènement, vous ne savez jamais ce que le futur vous réserve.

"Il nous a manqué cinq centimètres pour voir la finale"

Même si vous n’avez pas fait d’erreur sur cette action, avez-vous dû faire un travail sur vous-même après coup, pour accepter les conséquences, pour oublier, etc ?

Il est impossible d’oublier une action comme celle-ci…  Mais cela n’a pas de sens de se rendre fou ou d’en faire une obsession. Chaque année, on joue près de 100 matchs.

Mais on ne rêve pas d'un match lambda de saison régulière quand on est gamin. En revanche, enfant dans son jardin, on peut s’imaginer envoyer son pays en finale des Jeux Olympiques. C’est une action qui aurait pu faire de vous un héros national.

Certes. Mais au final, c’est un sport collectif et ce n’est pas une seule action qui peut décider du sort d’un match. En l’occurrence, en repensant à cette rencontre à froid, on se rend compte que l’on a manqué tellement de lancers-francs (11/20), que l’on aurait pu mieux défendre, que l’on aurait pu prendre de meilleures décisions. Personne ne doit être coupable pour une seule action.

Klemen Prepelic
Avec du recul, Klemen Prepelic est fier des JO 2021 (photo : FIBA)

Nicolas Batum a dit que si vous aviez pris le shoot plutôt qu’avoir tenté un drive, il n’aurait eu aucune chance…

Peut-être, je ne sais pas… La passe de Luka était bonne, je l’ai débordé et il nous a sûrement manqué cinq centimètres pour voir la finale. La France aurait aussi pu tuer le match avant : on était à -5 à 55 secondes de la fin. On a enchaîné les grosses actions, on a défendu, Nando a manqué le shoot de la victoire et on a pu avoir le dernier ballon. Si j’avais pris le tir, qui sait, peut-être que je l’aurais manqué, comme j’en ai raté des milliers dans ma vie…

Sauf que vous veniez de marquer un énorme trois points 30 secondes avant…

C’est vrai mais je venais aussi juste de manquer un lancer-franc donc on ne pourra jamais savoir (il rit).

"J'ai revu cette action 1 000 fois !"

Avez-vous revu ce money-time et cette dernière action depuis ?

Pffff oui, déjà sûrement autour de 1 000 fois jusqu’à maintenant (entretien réalisé en mars 2022, ndlr). Ça s’est joué à rien du tout. Il n’y avait même pas une seconde pour réaliser ce qui se passait et prendre une décision. Donc oui, bien sûr que je l’ai déjà revu mais si je commence à me laisser hanter par cette action, ça pourrait devenir angoissant. Je ne veux pas me dire : « Qu’est-ce que j’aurais pu faire à la place ? » C’est un coup à sombrer mentalement, peut-être jusqu’à tomber en dépression. Certains joueurs pourraient tomber en dépression à cause d’une telle action. Ce n’est pas mon cas, je ne serai jamais comme cela : je veux toujours avoir le dernier ballon entre mes mains, peu importe les conséquences. Comme je l’ai dit, un jour, je serai fier de cette action.

Avez-vous reçu beaucoup de soutien après coup ?

Bien sûr ! Mais les gens ont également conscience que le match ne s’est pas joué que sur cette action. On aurait pu gagner le match de tellement de façons avant : j’aurais pu marquer mon lancer-franc, nous envoyer en prolongation et qui sait ce qui serait arrivé ensuite, Luka aurait pu marquer un step-back de plus, on aurait pu mieux défendre sur le pick-and-roll, il y a des milliers de possibilités.

Cela dit, oui, j’ai reçu beaucoup de soutien, nos supporters sont les meilleurs du monde. Pour la finale à Istanbul en 2017, 12 000 personnes ont parcouru les 1 500 kilomètres pour venir nous encourager. C’est beau de ressentir une telle ferveur. Après la demi-finale contre les Bleus, je ne me suis pas caché, je suis allé assumer mes responsabilités devant les médias. C’était une action énorme de Batum, c’est pour ça qu’il est en NBA pour si longtemps, c’est pour ça que le basket français est au sommet depuis des années… Nous pouvons déjà être fiers d’être capables de rivaliser contre de tels pays. Rien que le fait d’avoir une vraie chance de les battre est déjà quelque chose de grand pour nous.

Prepelic Batum
Persuadé d'avoir un boulevard, Klemen Prepelic n'a jamais vu Nicolas Batum arriver (photo : FIBA)

En France, ce contre est vu comme la plus grande action de l’histoire du basket français. Il définit la carrière de Nicolas Batum. N’avez-vous pas peur que ce soit cette action qui reste à la fin de votre carrière également ?

Non, vous savez, je crois que ce genre d’action ne devient le symbole d’une carrière que lorsqu’on se trouve du bon côté (il rit). S’il ne m’avait pas contré, personne ne lui aurait jeté la pierre en France. Je veux bien croire que c’est une action énorme à ses yeux, que c’est la plus grande de l’histoire du basket français. C’est vrai que si j’avais marqué le lay-up, cela aurait été la même chose de notre côté. Il me reste tellement de matchs, de compétitions, à faire avant la fin de ma carrière que je ne peux qu’apprendre de cette action.

Vous savez que Nicolas Batum vous a toujours apprécié et qu’il aurait aimé vous faire venir à l’ASVEL après votre passage à Levallois ?

Oui oui. J’en avais discuté avec mon agent à l’époque, ils voulaient me signer. L’ASVEL est un grand club, je me rappelle que je regardais leurs matchs contre Pau-Orthez quand j’étais petit, il y avait Antoine Rigaudeau en face. J’ai énormément de respect pour Tony Parker aussi. Mais au moment de ces discussions (en 2017), j’avais déjà donné mon accord au Real Madrid donc j’ai tenu ma parole.

Entretien initialement publié dans le numéro de septembre 2022 de Basket Le Mag

Le contre vu par Gregor Hrovat :
"Personne n'a vu Batum arriver"

"En étant en France depuis Tokyo, j’ai bien compris que le contre de Batum était la plus grande action de l’histoire du basket français mais c’est pareil en Slovénie, juste du mauvais côté (il rit). C'est simplement une grande action d'un grand joueur. On était si près et si loin à la fois…

Quand j’ai vu Prepelic partir, je l’ai vraiment vu partir tout seul. Je n’ai vraiment pas compris comment Batum était arrivé de nulle part, personne ne l’a vu venir. La dernière action de Doncic était bonne pour moi. Je sais que c’est notre meilleur joueur et que beaucoup pensent qu’il aurait dû prendre ce tir. Mais comme il l’a dit, il avait deux joueurs sur lui et quand on voit un coéquipier ouvert, on croit en lui. Il y a juste eu une super réaction de Batum, on ne pouvait rien faire de plus.

Le premier à réconforter Klemen ? On a joué ensemble au début de ma carrière à l’Olimpija Ljubljana, on se connait très bien. Je voulais être là pour lui. C’est comme un membre de ma famille, on est ensemble dans les bons et les mauvais moments."

Prepelic Hrovat
Quelques secondes après le contre, Gregor Hrovat tente déjà de réconforter Klemen Prepelic (photo : FIBA)
Image Alexandre Lacoste
Alexandre Lacoste est arrivé sur BeBasket en 2011, lorsque le site se prénommait encore Catch & Shoot. Amateur de portraits et de reportages, généralement au plus près des équipes de France lors des compétitions internationales, il aime chercher des angles originaux et des sujets qui vont au-delà du simple résultat sportif.

Dites byebye à la publicité et encouragez le travail effectué sur la couverture quotidienne du basket Français !

À partir de 5€Essai gratuit
"J'étais persuadé d'avoir passé Batum" : le contre légendaire des JO raconté par Klemen Prepelic