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"Je pense que tu es en train de faire un AVC" : le kiné de Rouen raconte les deux minutes décisives pour Vincent Vent

Kiné du Rouen Métropole Basket depuis 2022, Hugo Marie a vécu l'instant le plus angoissant de sa carrière lundi lorsqu'il a repéré l'AVC de Vincent Vent. Alors que Jean-Denys Choulet a clamé qu'il avait sauvé la vie du pivot de 28 ans, il revient sur ce moment.
"Je pense que tu es en train de faire un AVC" : le kiné de Rouen raconte les deux minutes décisives pour Vincent Vent
Après son AVC de lundi, repéré par Hugo Marie, Vincent Vent va bien et est sorti de l'hôpital
Crédit photo : Rouen Métropole Basket
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"Je n'ai jamais eu autant de messages", rigolait Hugo Marie mercredi soir. Ni de sollicitations médiatiques non plus : juste avant de répondre à BeBasket, le kiné du Rouen Métropole Basket venait de s'entretenir avec Paris Normandie.

De fait, l'accident vasculaire cérébral subi par Vincent Vent (28 ans) ce lundi matin juste avant la reprise du RMB, a mis en lumière le rôle salvateur joué par Hugo Marie. Il a ainsi été le premier à percevoir les signes évocateurs de l'AVC du joueur.

"La réactivité du kiné a sauvé la vie de Vincent et lui a permis de ne pas avoir de séquelles", applaudissait Jean-Denys Choulet. "Il l'a pris en charge de suite en disant qu'il fallait immédiatement l'amener aux urgences."

Son téléphone n'a donc pas fini de sonner... "Mais ça va, c'est pour la bonne cause puisque Vincent va bien", sourit Hugo Marie.

"Il essaye de me parler mais il n'arrive pas à articuler"

Hugo, racontez-nous votre lundi matin...

C'était une reprise normale après le week-end. Vincent est arrivé de manière tout à fait classique : il dit bonjour, sans problématique. Cinq minutes avant de commencer l'entraînement, je suis à l'autre bout du terrain et je vois Vincent qui s'avance vers moi. Là, je vois qu'il n'est pas normal. Plus il s'avance, plus je trouve cela bizarre. Ce n'est pas le genre à venir me voir avant l'entraînement.

Il essaye de me parler mais il n'arrive pas à articuler. Ça fait des sons incompréhensibles, type "beuh, beuh, beuh". Il a une aphasie. Je lui demande si ça va et ça reste pareil, aucune réponse claire. Au même moment, j'ai le réflexe de regarder sa bouche et il a le coin de sa lèvre à droite qui tombe légèrement. Je pense de suite à un problème vasculaire cérébral, je me dis qu'il faut l'emmener le plus vite possible aux urgences. Je ne sais pas trop ce que c'est mais dans ma tête, je me dis qu'il est en train de faire un AVC.

Je lui dis : "Écoute Vincent, ne panique pas mais prends tes affaires, on s'en va vite aux urgences car je pense que tu es en train de faire un AVC." On traverse le coach, je préviens le coach que j'emmène Vincent à l'hôpital car je suspecte un AVC. Sur le coup, Jean-Denys s'étonne, me fait répéter et me dit OK. Au même moment, le président Yvan Gueuder descend sur le parquet et je lui dis la même chose. Il se propose de prendre sa voiture et de le conduire.

Il s'est donc passé deux minutes entre le moment où je le vois pour la première fois et le moment où il part aux urgences avec le président afin de faire des examens et d'être traité.

C'est en ce sens que votre réactivité a été soulignée...

Une personne qui babille comme ça, alors qu'elle n'a théoriquement pas de problèmes à articuler, ça interroge. Mais ce qui m'a encore plus interpellé, c'est son coin de lèvre. Ce n'était pas encore flagrant : pour certains AVC, on peut avoir tout un hémicorps qui se paralyse mais en fait, ça venait de se produire, peut-être deux minutes avant.

Quand j'en ai parlé avec Vincent, il m'a dit qu'il s'était senti un peu bizarre et qu'il avait d'abord été se mettre de l'eau sur son visage avant de venir me voir. C'est pour ça qu'il n'y avait pas énormément de signes... Mais il avait déjà celui de l'aphasie, où il n'arrivait plus à s'exprimer.

"Heureusement qu'on a été vite !"

Et ensuite, après le départ aux urgences ?

Le président s'est donc proposé pour l'accompagner. Je suis resté à la salle et j'ai appelé les urgences de mon côté pour les prévenir que l'un de nos joueurs arrivait, que je le suspectais d'avoir fait un AVC et que ce serait bien de le prendre en charge directement. Ils ont immédiatement été très coopératifs en disant : "Pas de problème, on l'attend".

Je les remercie de leur aide. C'est sûrement grâce à eux et à leur rapidité que Vincent n'a pas de séquelles aujourd'hui.

Heureusement quand même que nous avons fait vite de notre côté. En partant du Kindarena, il avait "seulement" la parole d'atteinte. Au fur et à mesure du trajet (une dizaine de minutes de route, ndlr), il commençait à avoir du mal à taper sur son téléphone, contraint de se concentrer énormément, au point de ne plus pouvoir écrire en arrivant aux urgences. Il commençait vraiment à ne plus se sentir bien. Heureusement qu'on a été vite car cela aurait pu être un peu plus grave que cela...

Est-ce la première fois que vous êtes confronté à cela ?

Oui. En tant que professionnel de santé, et même dans ma vie personnelle, c'est la première fois que j'ai un cas comme ça. J'ai déjà eu pas mal de bobos, plutôt traumatiques, mais jamais de neuro-vasculaire.

D'où l'importance d'être capable de reconnaître certains signes évocateurs ?

Tout à fait. Sur des problématiques comme celles-ci, vous pouvez vraiment sauver la vie de quelqu'un en allant vite. Forcément, plus longtemps le caillot de sang reste coincé dans le cerveau, plus longtemps les fonctions du cerveau vont s'atténuer et moins elles auront de chance de récupérer par la suite.

"Appeler le 15 immédiatement"

Y a-t-il d'autres signes décelables alors ?

On peut donc avoir la perte de parole ou l'extinction, entre guillemets, d'un hémicorps. Cela peut être la lèvre qui tombe, l'œil qui devient pendant. On peut même avoir une perte de fonction du corps tout entier. J'en discutais ce mercredi avec un collègue : l'un de ses patients s'est rendu compte qu'il faisait un AVC car il n'arrivait plus à attraper son papier toilette. Cela peut être un malaise ou un très gros mal de crâne qui dure, ce qui ne serait pas un AVC ischémique mais un AVC hémorragique où du sang vient se propager dans le cerveau et comprimer certaines zones.

Cela interroge sur la réaction à adopter si l'on est tout seul à ce moment-là...

Exactement. C'est sûr que si Vincent avait fait son AVC cinq heures avant... Il y a des personnes qui sont en train de dormir, qui se réveillent et ça fait peut-être déjà trois heures qu'elles sont en train de faire un AVC sans en avoir conscience. On ne le sent pas forcément arriver. Vincent s'est senti un peu bizarre mais c'était juste un vertige quelconque pour lui. S'il n'avait pas essayé de parler, il ne s'en serait peut-être même pas rendu compte.

Quand on est tout seul, c'est un peu particulier. Si on en a la capacité, il faut appeler le 15 immédiatement et essayer d'expliquer. Dans le cas de Vincent, il n'en aurait pas eu la capacité donc s'il avait été tout seul, il aurait soit dû attraper un passant dans la rue et tenter de se faire comprendre, soit tenter d'aller par lui-même aux urgences.

Hugo Marie, le kiné qui a eu le bon réflexe pour Vincent Vent (photo : Lancelot Dubut-Hermel)

Comment va Vincent actuellement ?

Il va bien. Il est passé nous faire un coucou à l'entraînement ce mercredi après-midi (après être sorti de l'hôpital dans la matinée, ndlr). Il a le sourire. Je ne vais pas dire que c'est comme si rien ne s'était passé, mais il va bien. Certaines personnes peuvent garder de graves séquelles ou décéder d'un AVC si le cerveau n'est pas oxygéné... Donc est rassurés, le principal est que son intégrité physique soit entière.

Le fait de le voir à l'entraînement a dû gonfler le moral de tout le monde ?

C'est clair. Tout le monde était souriant. Dès qu'il est rentré dans la salle, tout le monde a scandé son nom. Ça fait plaisir de voir l'un de ses coéquipiers, qui n'est pas passé loin de quelque chose de très grave, revenir parmi nous.

"La présence d'un corps médical sur tous les entraînements
d'une équipe professionnelle devrait être obligatoire"

Avez-vous pu discuter tous les deux ?

Lundi, je l'ai laissé tranquille. J'ai juste beaucoup parlé avec sa femme. Mardi, je lui ai envoyé un petit message pour savoir comment ça allait et lui apporter mon soutien. Derrière, on a parlé par SMS de la suite. Et ce mercredi, on a échangé sur ce qu'on allait mettre en place pour lui, des examens qu'il allait devoir faire.

Quelle est la suite justement ?

Ça va être beaucoup d'attente. Il va passer des examens complémentaires dans les semaines à venir qui nous donneront le feu vert, ou pas, sur une potentielle rééducation, sur le fait de remettre du rythme. Il n'a aucune problématique sur le plan physique, c'est juste la crainte que ça se reproduise.

PROFIL JOUEUR
Poste(s): Pivot
Taille: 206 cm
Âge: 28 ans (11/11/1997)
Nationalités:
drapeau-france-carre.jpg
Stats 2026-2027 / ELITE 2
PTS
11,3
#59
REB
3,3
#94
PD
1,3
#116

En réaction à ce qui est arrivé à Vincent Vent, Valériane Ayayi vous a félicité en postant ce message : "D’où l’importance d’avoir un staff médical présent à TOUS les entraînements"...

C'est sûr que c'est primordial. Car on aurait pu passer à côté de cela pour des raisons financières... La présence d'un corps médical dans une équipe professionnelle sur tous les entraînements devrait être obligatoire. Ce n'est pas faisable dans certains clubs. À Rouen, on a pu le remettre en place cette saison : Jean-Denys a souhaité que je sois présent à tous les entraînements et c'est aussi un effort du club d'avoir accédé à cela. On en est contents.

Merci Hugo...

On va juste souhaiter un bon rétablissement à Vincent et croiser les doigts pour que l'on puisse le revoir un jour sur les terrains.

Image Alexandre Lacoste
Alexandre Lacoste est arrivé sur BeBasket en 2011, lorsque le site se prénommait encore Catch & Shoot. Amateur de portraits et de reportages, généralement au plus près des équipes de France lors des compétitions internationales, il aime chercher des angles originaux et des sujets qui vont au-delà du simple résultat sportif.

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