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Dimitris Giannakopoulos, Shane Larkin… comment deux anciens espoirs d’Antibes ont conquis l’EuroLeague avec Euro Insiders

En moins de deux ans, Alexandre Maticiuc et Benedikt Maukner sont passés des parquets de deuxième division aux coulisses de l'EuroLeague. Les anciens joueurs passés par Antibes ont créé Euro Insiders, un média qui attire aujourd'hui les plus grandes figures du basket européen. Leur dernière prise, Dimitris Giannakopoulos, symbolise une ascension aussi rapide qu'inattendue.
Dimitris Giannakopoulos, Shane Larkin… comment deux anciens espoirs d’Antibes ont conquis l’EuroLeague avec Euro Insiders

Euro Insiders avec Dimitris Giannakopoulos

Crédit photo : Euro Insiders
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Il y a encore deux ans, Alexandre Maticiuc et Benedikt Maukner étaient presque inconnus du grand public. Deux anciens espoirs passés par Antibes, qui avaient choisi de tourner la page de leur carrière de joueur pour raconter le basket autrement. Aujourd’hui, Shane Larkin leur confie sa propre émission, les plus grandes figures de l’EuroLeague défilent devant leurs caméras et, dans les couloirs du Final Four, ce sont parfois les joueurs qui viennent les saluer en leur glissant qu’ils regardent chacun de leurs épisodes. Entre ces deux instantanés, il y a une intuition, des centaines d’heures de travail et une idée simple : raconter le basket européen comme personne ne le faisait en Europe en anglais.

Benedikt Maukner et Alexandre Maticiuc aux côtés de Dimitris Itoudis

« On savait qu’on construirait quelque chose ensemble »

À l’origine, pourtant, rien ne destinait les deux amis à devenir des créateurs de contenu. Maticiuc grandit à Monaco avant de rejoindre le centre de formation d’Antibes, puis poursuit son parcours entre les États-Unis et plusieurs championnats européens. Maukner suit, lui, toute la filière antiboise avant une expérience en deuxième division allemande. Tous deux s’imaginent vivre du basket, mais progressivement, une autre conviction s’impose.

« Je me suis très vite rendu compte que la deuxième division n’allait pas m’offrir les opportunités que l’extra-basket pouvait m’offrir », raconte Benedikt Maukner. Alexandre Maticiuc arrive à la même conclusion après un passage en Roumanie puis une présaison avec Fuenlabrada en 2024. « J’aime trop le basket. J’étais sûr que j’allais travailler toute ma vie dans ce milieu. Mais je me suis dit que je pouvais apporter plus en faisant autre chose. Je n’avais pas envie d’être médiocre dans ma vie. »

Le pari d’Euro Insiders

Cette réflexion n’arrive pas du jour au lendemain. Depuis leurs années communes à Antibes, les deux amis se répètent qu’ils finiront par construire un projet ensemble. Peu importe lequel. « Depuis le début, je lui disais qu’on travaillerait ensemble un jour. Pas forcément dans le podcast, mais c’était une certitude qu’on allait monter quelque chose », sourit Maukner, vu en équipe de France jeune avec la génération 2000. Lorsque Maticiuc décide d’arrêter sa carrière, le moment semble enfin venu.

Le premier virage passe par une collaboration avec Skweek. Les deux anciens joueurs produisent plusieurs épisodes basket. L’expérience confirme leur intuition : ils tiennent quelque chose. Mais très vite, une autre idée prend le dessus. Pourquoi continuer à produire pour les autres alors qu’ils peuvent créer leur propre média ?

Pourquoi les joueurs leur font confiance

Ils prennent alors un risque assumé. « On s’est dit qu’on pouvait le faire à notre façon. On n’aurait plus l’argent qui rentre automatiquement, il faudrait aller le chercher, mais ce serait notre projet. » Avec leurs associés Étienne Ca et Henrique Coutinho, ils s’enferment une semaine entière pour coucher leur vision sur le papier. Le nom apparaît rapidement : Euro Insiders. Il résume exactement leur ambition, raconter le basketball européen de l’intérieur.

Le projet démarre pourtant sans investisseur. Les quatre associés financent eux-mêmes le matériel, transportent les caméras, installent les plateaux et assurent les tournages. « On a complètement bootstrap le projet. On avait zéro investissement. Tout ce qu’on avait, c’était notre énergie, notre temps et notre travail. » Pour eux, impossible de déléguer tant qu’ils ne maîtrisent pas chaque étape de la production.

Alexandre Maticiuc et Benedikt Maukner entourent Ettore Messina

Cette exigence devient rapidement leur marque de fabrique. Les podcasts ne ressemblent pas aux productions habituelles du basket européen. Les lumières, les cadres, le rythme du montage ou les bandes-annonces sont travaillés avec minutie. « Préparer un plateau nous prend parfois deux heures et demie. On est peut-être obsessionnels, mais on veut que tout soit parfait. » Derrière les caméras, Henrique pilote toute la postproduction, pendant que Maticiuc et Maukner continuent de penser chaque détail de leurs entretiens qu’ils préparent en amont.

Une exigence qui finit par séduire les joueurs

Le premier objectif est simple : convaincre quelques joueurs de leur faire confiance. Les débuts passent notamment par une collaboration avec Skweek, qui leur offre une première visibilité et leur permet de produire des entretiens avec plusieurs personnalités du basket européen. Chaque épisode devient une carte de visite pour le suivant. Peu à peu, les recommandations circulent entre joueurs et entraîneurs.

Au départ, chacun cumule plusieurs fonctions. « Quand on a fait Sergio Scariolo, Alex faisait l’interview et moi je gérais la caméra, le son, les lumières… Je pouvais produire un podcast entièrement tout seul », raconte Maukner. Ce fonctionnement artisanal leur permet de maîtriser chaque détail et de développer une identité visuelle rapidement reconnaissable dans un univers où les podcasts restent souvent très sobres.

La confiance des joueurs, leur plus grande réussite

Pour convaincre les plus grandes figures de l’EuroLeague, il faut surtout instaurer une relation de confiance. Les deux anciens joueurs ne cherchent pas à se présenter comme des journalistes capables de piéger leurs invités. Au contraire, ils revendiquent un ton beaucoup plus spontané. « On n’est pas des journalistes. On est juste deux potes qui parlent avec un troisième pote. » Une approche qui tranche avec les interviews plus classiques et qui permet aux joueurs de s’exprimer plus librement.

Cette philosophie change progressivement leur statut. Les premières sollicitations, difficiles au départ, laissent place au bouche-à-oreille. Les joueurs regardent les épisodes entre eux, les recommandent à leurs coéquipiers et commencent même à contacter directement Euro Insiders. « Quand ils ont vu cinq ou six épisodes avec une qualité cinématique, ils se sont dit : « Moi aussi, j’ai envie de faire ce podcast. » Aujourd’hui, à part deux ou trois cas particuliers, on n’a pratiquement jamais de refus. »

Avec Talen Horton-Tucker du Fenerbahçe

Leur objectif est toujours le même : créer une conversation plutôt qu’une interview. Les tournages se prolongent souvent longtemps après l’arrêt des caméras. « On reste deux heures avec eux après le podcast. On mange ensemble, on parle de leur vie, ils nous posent des questions sur nous. Ce n’est pas une interview, c’est vraiment un moment qu’on partage avec eux. » Cette proximité explique aussi pourquoi les joueurs acceptent de parler sans filtre, convaincus que leurs propos ne seront jamais sortis de leur contexte. « S’il y a quelque chose qu’ils veulent enlever, on l’enlève. On ne veut mettre personne dans la sauce. »

Shane Larkin, le premier grand ambassadeur

Cette réputation dépasse rapidement le simple cercle des invités. Lors d’un déplacement à Istanbul, l’équipe de Shane Larkin assiste à l’un de leurs tournages. Séduite par leur manière de travailler, elle leur propose de coanimer Off the RECourt, la nouvelle émission du meneur de l’Anadolu Efes. Une proposition que les deux Français n’avaient jamais envisagée. « Shane est fan de notre show. C’est son équipe qui nous a proposé le projet. On ne pouvait pas refuser. Lui aussi veut donner la parole aux joueurs et promouvoir le basket européen. On partage exactement la même vision. »

Pour Alexandre Maticiuc et Benedikt Maukner, cette collaboration constitue un tournant. Quelques mois seulement après la création d’Euro Insiders, l’une des plus grandes stars de l’EuroLeague leur confie sa propre émission. Une preuve supplémentaire que leur crédibilité ne repose plus uniquement sur leurs invités, mais aussi sur leur capacité à construire des formats durables avec les acteurs majeurs du basket européen. Lors du premier épisode, l’international turc est notamment revenu sur son transfert de l’Anadolu Efes au Fenerbahçe Istanbul, avec des déclarations reprises dans de nombreux médias continentaux.

L’homme que toute la Grèce veut entendre

S’il existe une relation qui symbolise leur ascension, c’est celle avec Dimitris Giannakopoulos. Le président du Panathinaïkos est l’une des personnalités les plus convoitées du paysage médiatique grec. Peu de journalistes obtiennent un accès privilégié à celui qui cultive depuis des années une image aussi sulfureuse qu’influente. Pour Euro Insiders, cette relation s’est construite loin des caméras.

Tout commence lors de leur première collaboration avec Skweek, lorsqu’ils réalisent un entretien dans le bureau du dirigeant athénien. L’épisode rencontre immédiatement un énorme succès (224 000 vues). Lorsque les deux Français lancent ensuite Euro Insiders, ils se fixent un objectif : convaincre Dimitris Giannakopoulos de revenir, cette fois sous leurs propres couleurs. Il faudra près de deux ans de patience. À chaque passage à Athènes, ils prennent le temps d’aller le voir, parfois sans caméra, simplement pour échanger. « Il nous disait : « Là, je n’ai pas grand-chose à dire. Revenez cet été, je vous donne ma parole. » »

« Friends forever », Dimitris Giannakopoulos pose avec un t-shirt d’Euro Insiders

Plusieurs rendez-vous sont reportés, parfois au dernier moment. Lors d’un premier déplacement, ils patientent pendant des heures avant d’apprendre que le président ne pourra finalement pas venir. Plus tard, ils découvrent que celui-ci recherchait son chat, renversé accidentellement par l’un de ses chauffeurs. Loin de rompre le contact, Giannakopoulos les rappelle personnellement, présente ses excuses et organise une nouvelle rencontre. Quelques semaines plus tard, rebelote : un nouvel imprévu les oblige à revenir le lendemain. Là encore, le dirigeant tient à respecter sa parole. « C’est vraiment quelqu’un d’authentique. Il préfère une vérité qui fait mal plutôt qu’un mensonge pour faire plaisir. C’est un homme de parole. »

Cette confiance patiemment construite intrigue jusqu’en Grèce. Avant même la diffusion de cet entretien tourné sur son île – et publié à la fin de cette semaine -, une simple publication de Giannakopoulos annonçant sa participation est reprise par de nombreux médias locaux. « Les médias grecs nous regardent et se demandent comment deux jeunes Français ont réussi à obtenir cet accès. La réponse est simple : on a construit une relation de confiance. »

 

Des podcasts qui créent des liens

Au fil des épisodes, certains invités deviennent bien plus que des interlocuteurs de passage. Les deux fondateurs citent spontanément Errick McCollum, avec qui ils ont ensuite lancé une émission récurrente, ou encore Ioannis Papapetrou, dont ils se disent aujourd’hui très proches. Ils gardent aussi un souvenir particulier de leurs conversations avec Isaïa Cordinier (qu’ils connaissent depuis leurs années à Antibes), Wade Baldwin, Xavier Rathan-Mayes ou encore Ofer Yannay, le propriétaire de l’Hapoel Tel-Aviv. « À chaque fois, on se dit que c’était notre meilleur podcast. Parce qu’à chaque fois, on passe un vrai moment avec eux. »

Cette proximité ne s’arrête pas aux tournages. Au Final Four de l’EuroLeague, plusieurs joueurs viennent spontanément les saluer dans l’hôtel des équipes. Certains leur racontent regarder leurs émissions pendant leurs séances de rééducation. D’autres, comme Thanasis Antetokounmpo, viennent simplement leur dire qu’ils sont fans de leur travail. Une scène que les deux anciens Espoirs d’Antibes n’auraient jamais imaginé vivre lorsqu’ils installaient eux-mêmes leurs caméras dans un sous-sol, quelques mois plus tôt.

Euro Insiders avec Mike James
Euro Insiders avec Mike James
Image Gabriel Pantel-Jouve
Gabriel Pantel-Jouve est le fondateur et rédacteur en chef de BeBasket, qu’il anime depuis 2010 (sous le nom de Catch & Shoot). Passé par l’Ecole Publique de Journaliste de Tours, puis deux universités en Amérique du Nord, il a pu développer son expertise sur le basket français, de la Ligue Nationale aux divisions amateurs, durant ces 20 dernières années. En parallèle, il est aussi engagé dans le développement de clubs du côté de Montpellier.

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Dimitris Giannakopoulos, Shane Larkin… comment deux anciens espoirs d’Antibes ont conquis l’EuroLeague avec Euro Insiders