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"Pas une journée où je n'y pense pas" : Jonathan Bourhis raconté par son frère et son meilleur ami

Réunis au Nantes Basket Hermine, Lucas Bourhis et Abdoulaye M'Baye évoquent le souvenir de Jonathan Bourhis, disparu le 1er novembre 2009, à l'âge de 19 ans, au retour de l'une de ses premières prestations marquantes en Pro A avec la JDA Dijon.
"Pas une journée où je n'y pense pas" : Jonathan Bourhis raconté par son frère et son meilleur ami
Réunis à Nantes, Abdou M'Baye et Lucas Bourhis ont évoqué le souvenir de Jonathan Bourhis, disparu en 2009
Crédit photo : Cécile Thomas
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Samedi 31 octobre 2009. Jonathan Bourhis vit une journée bien chargée à Toulon. Après avoir arraché la prolongation lors du match Espoirs, finalement conclu par une victoire de la JDA avec 23 points de sa part, le jeune meneur avait ensuite enchaîné avec sa première vraie apparition d'envergure en Pro A.

Parce qu'Errick Craven était blessé à la cheville, le Tourangeau, qui avait fêté trois semaines plus tôt son 19e anniversaire, avait été propulsé sur la grande scène par Randoald Dessarzin.

Devant les caméras de Sport+, sur ce qui était alors le seul match télévisé de la soirée, Jonathan avait assuré : 4 points, 3 rebonds et 2 passes en 13 minutes. Au-delà des statistiques, il avait rendu une excellente copie pour permettre à la JDA, victorieuse 93-82, de se replacer en tête de Pro A.


Il n'était pourtant pas complètement inconnu. Signataire d'un premier contrat professionnel de trois ans avec Dijon, il était le meilleur marqueur et meilleur passeur du championnat Espoirs. Il venait même d'enchaîner EuroBasket U18 et Coupe du Monde U19 dans le même été avec l'équipe de France juniors.

Mais parce que l'époque n'était pas la même qu'aujourd'hui, et que les réseaux sociaux (cantonnés à Facebook et... MySpace) n'avaient pas encore pris l'habitude de s'enflammer autour des prospects, Jonathan Bourhis était quand même longtemps resté dans l'ombre. Et le grand public l'avait découvert, sur sa télévision, le 31 octobre au soir, avant de le perdre le 1er novembre au matin...

Revenu de sa belle soirée varoise aux alentours de 4h30 à Dijon, Jonathan Bourhis a pris son véhicule personnel afin de se rendre chez son amie, à une quarantaine de kilomètres de la préfecture de la Côte-d’Or. Il n’est malheureusement jamais arrivé à destination. 

Brouillard épais, temps humide, chaussée glissante, il a perdu le contrôle de sa voiture, percuté un parapet puis terminé sa course dans les eaux du canal de Bourgogne à Veuvey-sur-Ouche.

Un drame qui a profondément marqué les esprits, arraché à la famille Bourhis l'un de ses quatre enfants avec une brutalité infinie, privé le basket français de l'une de ses plus grandes promesses et anéanti la saison de la JDA Dijon, co-leader de Pro A au soir de la Toussaint et incapable de retrouver la victoire avant le 6 mars 2010, finalement reléguée en fin d’exercice.

En 2022, Abdoulaye M'Baye nous confiait même que cela avait marqué "une fracture" dans son parcours personnel. À l'époque, il était l'un des trois inséparables dijonnais avec Jonathan Bourhis et Benjamin Monclar.

Reconverti comme kiné, l'ancien basketteur professionnel travaille désormais au Nantes Basket Hermine, où il côtoie depuis l'année dernière un autre Bourhis, le petit dernier de la fratrie, Lucas. En marge d'un déplacement à Chambéry la saison dernière, nous les avons réunis afin qu'ils évoquent la mémoire de Jonathan, l'ami et le frère.

Jonathan Bourhis, 1990-2009 (photo : Olivier Fusy)

"Jonathan,
quelqu'un de radieux, qui n'avait peur de rien"

Avez-vous déjà parlé de Jonathan tous les deux depuis que vous travaillez ensemble à Nantes ?

Abdoulaye M'Baye : Non, jamais. Même pas sur les quelques fois où l'on s'était revu avant...

Lucas Bourhis : À part avec ma famille, de temps en temps, je ne parle pas souvent de Jonathan. Dans le basket, j'en ai simplement parlé avec Benjamin (Monclar), quand on a joué ensemble à Blois (en 2019/20). On a évoqué quelques souvenirs. Sinon, très rarement. C'est propre à chacun.

AMB : C'est quelque chose que l'on a en commun, que l'on sait. Mais on n'a pas le besoin d'en parler ensemble.

Alors, pourquoi accepter de le faire maintenant, et en public ?

AMB : C'est une façon d'honorer sa mémoire. Je le vois comme un signe du destin que Lucas et moi soyons ensemble à Nantes. Jusqu'à aujourd'hui, des gens me parlent très souvent de Jonathan. C'était un évènement marquant pour tout le monde. Donc parler de lui d'une façon un peu plus poussée qu'un article qui se rappelle simplement de ses exploits sportifs est un moyen de lui rendre hommage.

Abdou M'Baye est désormais le kiné de Nantes, où évolue Lucas Bourhis (photo : Cécile Thomas)

De fait, qui était Jonathan Bourhis dans la vie quotidienne ?

LB : Moi, j'avais neuf ans... Donc je n'ai pas des masses de souvenirs ! J'en ai quelques-uns marquants, notamment toutes les fois où il rentrait à la maison lors des vacances scolaires. Je me rappelle aussi être allé à Dijon pour le voir, je suis allé plusieurs fois dans son appartement. Malheureusement, parce que j'étais encore jeune, je pense qu'Abdou en parlera beaucoup mieux.

AMB : Jonathan était quelqu'un de super jovial. Quand on s'était rencontré, j'étais déjà avec les pros de la JDA Dijon et lui était encore U18. Il commençait à faire les entraînements avec nous sur la pré-saison. Ça a cliqué de suite entre nous. On s'est super bien entendu du fait de nos valeurs communes, du fait qu'on venait de la même région, qu'on est passé par le même Pôle, avec les mêmes coachs, énormément de connaissances en commun. Le lien s'est créé comme ça.

Quand je parle de Jonathan, c'est vraiment sa personnalité qui me revient : quelqu'un de radieux, qui n'avait peur de rien, sur le terrain mais pas que. Il avait 17 ans et il était capable d'aller charrier les Cainris (Américains, ndlr) s'il le fallait. Il y avait un gars qui s'appelait Steffon Bradford : il lui parlait comme si c'était son coéquipier de l'équipe cadets ! Ils avaient une interaction incroyable. Ils se chambraient, Jo n'hésitait même pas à le recadrer sur le terrain. Il a de suite été très à l'aise, ça l'a aidé dans le basket. C'était quelqu'un sur qui tu pouvais compter dès que tu avais besoin de quelque chose.

Voilà pour les traits de personnalité. Et des souvenirs, j'en ai plein, mais ça, on ne peut toujours pas les raconter (il éclate de rire)...

LB : Je me souviens quand même qu'il avait toujours le sourire. Je me rappelle une fois par exemple qu'il s'était fait opérer des dents de sagesse (Abdou se met à rigoler, ndlr). Je le revois manger de la compote en rigolant de sa situation.

Les trois frères Bourhis : Bastien, Lucas et Jonathan

Vous aviez dix ans d'écart et il est parti très jeune du domicile familial...

LB : Exactement, ce n'est pas comme une relation avec un grand frère qui a deux ans de plus que toi et que tu vois tous les jours. Je me remémore des souvenirs en voyant des photos en fait. Je me dis : "Ah ben tiens, j'y étais avec lui". Mais malheureusement, ce ne sont pas des choses dont je me rappelle. Ce qui est dommage, c'est que mon souvenir le plus vif, c'est la partie sombre...

"On se prenait pour Juanca Navarro"

Abdou, Jonathan était vraiment l'un de tes meilleurs amis ?

AMB : Oui, oui. On était tous les jours ensemble avec Ben (Monclar) et lui. Ils n'avaient pas d'appartement, contrairement à moi, puisqu'ils étaient au Cri, l'hébergement du centre de formation. À midi, on mangeait ensemble. Le soir, ils passaient chez moi.

LB : Ah, je m'en rappelle de ces chambres-là. Il n'y avait pas une grosse enceinte grise ?

AMB : Si, si !

LB : Je l'ai fait tomber à un moment et je l'ai cassé (il rigole).

AMB : On regardait toutes les rencontres d'EuroLeague chez moi ! On rêvait devant les matchs, on se faisait des plans sur la comète ensemble. Et le lendemain, on se prenait pour Juanca Navarro, notre idole. On s'amusait à reproduire ce qu'on voyait, la bomba, les petits floaters. Jonathan et Ben étaient à 3 minutes de chez moi en voiture donc on passait tout notre temps ensemble. À cet âge-là, quand tu manges ensemble, que tu t'entraînes ensemble, que tu sors ensemble et que tu voyages ensemble, ça crée des liens indéfectibles. Benjamin reste aujourd'hui mon meilleur ami, on se parle toutes les semaines, c'est le parrain de mon fils. Et pour la petite anecdote, Lucas, je l'ai vu tout petit. Lui doit pas se rappeler...

LB : Si, un petit peu.

AMB : Mais il venait chez moi quand il venait voir Jonathan. À l'époque, on jouait à la Wii donc il jouait avec nous. Une fois, j'avais même dormi chez Jonathan à Tours quand je rentrais sur Orléans. On était parti avec Lucas à la salle, on a fait un petit un-contre-un. J'ai gagné, il ne m'a toujours pas battu, il y a toujours 1-0 (Lucas rigole, ndlr). On avait ce genre de proximité. Jo était un super ami, un super grand frère pour Lucas aussi : il te faisait venir à Dijon, il t'emmenait partout dès qu'il le pouvait !

Un tout jeune Lucas s'entraînant sous l'œil de son grand frère

LB : Avec sa Clio là !

AMB : Exactement... Au niveau sportif, on a grandi ensemble avec Jonathan. Dijon, ça a été de très bonnes années à titre personnel pour moi. Lui dominait allègrement en U18 et a su retranscrire en Espoirs puis commencer à jouer avec nous en Pro A. Ce qui me marque aussi de cette époque, c'est la confiance mutuelle qu'on se donnait tous. J'allais le voir sur les matchs U18, même au gymnase Boisselot le dimanche. Quand il était en Espoirs, j'arrivais vraiment tôt à la salle pour le voir. Lui, quand je commençais à percer en pro, c'était le premier à me dire : "Vas-y, pourquoi tu ne shootes pas là ? Sois agressif, etc". On avait vraiment cette émulation commune pour essayer de se tirer vers le haut. Et quand tu le fais avec des amis, plutôt qu'avec des coéquipiers, ça a encore plus de valeur.

"Julien Mahé avait gardé les vidéos de tous les matchs Espoirs"

Et qui était Jonathan Bourhis le basketteur ?

AMB : Agressif, talentueux, très fort attaquant. Il avait une vraie qualité de percussion, une grosse qualité de shoot. Il était complet dans ce registre, un peu moins répandu à l'époque, de meneur qui mettait des points. Sur les catégories jeunes, il a toujours été scoreur. C'est aussi ce qui lui a permis de faire son trou avec les pros : il avait gardé son agressivité, son envie d'aller au panier.

À l'époque, c'était Randoald Dessarzin aux commandes, donc on avait un jeu très porté sur l'attaque, c'était idéal pour lui. Et puis, bonnes qualités athlétiques aussi : il mettait des sacrés petits tomars pour un mec d'1,82 m (il rigole). C'était vraiment un beau joueur, super complet, dans le moule des joueurs que l'on voit beaucoup aujourd'hui mais un peu moins à l'époque...

Jonathan Bourhis était un basketteur agressif vers le cercle (photo : Olivier Fusy)

Justement, en retrouvant des articles de l'époque, il était beaucoup comparé à Thomas Heurtel...

AMB : Exactement. Certainement moins passeur que Thomas mais dans le culot, oui. Je me rappelle des premiers entraînements avec les pros... Nous, on le connaissait, ça allait. Mais tu vois un petit gars débarquer, agressif, qui prend les shoots si un gars passe en-dessous de l'écran. Il ne fuyait pas ses responsabilités. Je pense que c'est ce qui lui a permis de gravir les échelons.

LB : Moi, je me souviens l'avoir vu jouer une fois lors d'un match amical en équipe de France jeunes. Aussi lors d'une rencontre dans la petite salle où je jouais en cadets, et quelques fois en Espoirs. Mais j'ai surtout eu la chance de côtoyer Julien Mahé, son coach Espoirs de Dijon, quand j'étais à Gravelines. Un jour, il m'a convoqué dans son bureau et il avait gardé tous les CD et les feuilles de stats des rencontres Espoirs. Il m'a tout donné donc je me suis refait tous ses matchs ! J'ai pu voir son style de jeu.

Ça en fait des heures de vidéos...

LB : (Il rigole) Oui, il devait y avoir une saison complète, sûrement celle où il termine meilleur marqueur vu ses feuilles de stats (19,8 points de moyenne en 2008/09, ndlr). J'ai tout regardé. J'ai pu voir son style de jeu. Il est plus grand que moi donc on n'a pas forcément le même style. Il allait au panier, il pouvait monter au cercle avec ses qualités athlétiques.

J'ai encore les CD chez moi. Si je veux regarder un match de lui, je peux le faire quand je veux donc c'est cool. Je n'ai que des vagues souvenirs de l'avoir vu jouer quand j'étais petit donc c'est top d'avoir tout ça. Ça rappelle à quel point il était fort. Je peux forcément m'inspirer de certaines choses car il reste un modèle. Je remercie forcément Julien Mahé de m'avoir fourni les CD et les feuilles de stats, ce sont des incroyables souvenirs et ça me permet de le voir jouer.

Jonathan Bourhis débordant le futur champion NBA, Matthew Dellavedova (photo : Olivier Fusy)

Est-ce que c'est quelqu'un qui aurait pu faire une vraie carrière chez les professionnels ?

LB : Je pense, hein !

AMB : Sur ses qualités intrinsèques, sans problème. Après, on sait qu'il y a toujours des aléas mais il avait les qualités pour devenir un très bon joueur de première division, en France ou ailleurs. Il n'y a aucun doute là-dessus.

"J'ai senti qu'il s'était passé quelque chose"

Que vous reste-t-il de ce 1er novembre 2009, le jour du décès de Jonathan ?

LB : Malheureusement, c'est vraiment la seule chose dont je me rappelle très bien. Il y avait le match contre Toulon la veille, la première fois qu'il joue vraiment en Pro A. J'étais devant le match avec mes parents, toute la famille. Et le lendemain, on a appris ça... Je m'en rappelle très bien : on regardait la télé le matin avec mon frère et ma sœur. Ma mère arrive, éteint la télé direct, nous annonce ce qui se passe. Et nous, on lui dit : "Vas-y, arrête de déconner, remets-nous la télé !" On était presque là à l'embrouiller ! Mais quand elle nous dit que c'est vrai, c'est le choc... Je m'en souviendrai toute ma vie.

AMB : Nous, c'est... Pareil. Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai pas les mots pour l'exprimer. Je pense être l'une des deux - trois dernières personnes à l'avoir vu. Je me rappelle lui avoir dit de m'envoyer un message dès qu'il était arrivé pour me dire que c'est OK. Du coup, je vais dormir et le lendemain, je suis réveillé par mon interphone à 8h30. J'ai senti qu'il s'était passé quelque chose vis-à-vis de Jonathan. Je n'avais pas de message sur mon téléphone. En fait, c'était Benjamin qui venait me chercher, qui me dit : "Ouvre, il s'est passé un truc de fou". On était un peu dans le flou, on ne savait pas trop ce qui s'était passé. Dans ces circonstances-là, je pense qu'ils veulent que la famille l'apprenne d'abord. Avec nos amis à Dijon, on avait essayé d'appeler les hôpitaux pour avoir des infos, mais on n'a rien eu.

La nouvelle, je l'ai apprise par sa mère. Elle nous a appelés pour nous expliquer ce qui s'était passé. J'avais la mère de mon meilleur ami qui m'apprenait son décès mais je ne voulais pas y croire. Je me rappellerai toujours des mots de Sylvie, qui m'a dit : "Voilà, c'est ce qui s'est passé, faites vraiment attention à vous, vous êtes fatigués." Elle a tout de suite eu ce truc de maman, d'essayer de nous rassurer, alors qu'elle venait d'apprendre la mort de son fils.

Ses parents sont venus sur Dijon, je les ai vus assez rapidement, on a beaucoup discuté, sa mère nous a demandé si on voulait aller le voir une dernière fois. Je ne l'ai pas senti. Je voulais garder ce souvenir du pote avec qui j'ai fait un match pro, avec qui j'étais dans le bus à déconner jusqu'à 3h du matin. Je voulais garder cette image-là.

Après, on s'est réuni avec l'équipe, savoir si on voulait déjà jouer contre Cholet le vendredi suivant, un match pour la première place du championnat qui passait à la télé. Le club a été top sur ça. On s'est concerté avec les parents aussi. L'idée était de jouer pour lui rendre hommage.

C'était le match le plus difficile de ma vie, avec les obsèques le lendemain à Vendôme. Ton corps est là mais t'es ailleurs, tu comprends pas, t'as l'impression que le temps s'est arrêté, qu'on va te réveiller pour te dire que tout va revenir à la normale. Je ne le souhaite à personne.

"Tous ensemble devant la télévision pour le match"

Ce qui était particulièrement marquant, c'est que le grand public l'avait découvert la veille lors du match télévisé du week-end sur Sport+ avec une bonne performance en Pro A à Hyères-Toulon...

AMB : T'as un jeune, que t'as vu la veille à la télé, qui éclate aux yeux de la France et 12 heures après, tu apprends qu'il est parti. Au-delà de l'évènement, c'est la brutalité du choc... Tu te dis que c'est injuste, que c'est un jeune homme qui travaille depuis des années pour y arriver et quand ça commence à porter ses fruits, tout s'arrête.

Les dix matchs pros de Bourhis, qui commençait à se faire une place avec la JDA

Jonathan Bourhis

Stats moyennes des 10 derniers matchs

Moyennes du joueur sur les derniers matchs
MJMINPTSREBPDINCO
106:062,70,90,50,10

10 derniers matchs

Derniers matchs du joueur : date, adversaire et statistiques
DateMINPTSREBPDINCOMatchLigue
31/1013:0043210V 82-93 @ HTVBetclic ELITE
24/107:0090000D 74-90 vs PLBetclic ELITE
17/104:0001000V 90-99 @ ROUBetclic ELITE
13/0515:00114200D 76-86 vs BCMBetclic ELITE
09/052:0000000D 106-90 @ ROABetclic ELITE
24/047:0000000D 88-75 @ STBBetclic ELITE
06/026:0031100D 73-81 vs CHABetclic ELITE
24/011:0000000D 80-82 vs ROABetclic ELITE
03/013:0000000D 104-90 @ PAUBetclic ELITE
05/103:0000000D 116-65 @ BCMBetclic ELITE

Lucas, tu étais devant ta télévision le 31 octobre ?

LB : Bien sûr ! C'était un moment fort ! Je me rappelle de mon père, il est toujours au téléphone après les matchs...

AMB : Thierry, il devait être chaud ! (il explose de rire)

LB : Il était fou, hein ! Jonathan avait fait un bon match donc il y avait de quoi. Moi, j'étais petit donc je suis vite parti au lit. Mais je pense que mes parents l'ont eu au téléphone après. Mais le moment du match était très fort. Je me souviens vraiment qu'on était tous ensemble devant la télévision.

"Porter le n°90, c'était nécessaire"

Comment fait-on pour se reconstruire après un tel drame, d'un point de vue personnel mais également vis-à-vis du basket ?

LB : Ça prend du temps. Ce n'est vraiment pas facile. J'étais encore jeune mais encore aujourd'hui, je ne me fais pas à l'idée que c'est fini pour Jonathan. Cela reste compliqué. Déjà, cela ressoude les liens dans la famille. Il n'y a pas une seule journée où je ne suis pas au téléphone avec mon frère, ma sœur, ma mère ou mon père.

AMB : Au début, t'es en colère, t'es triste, tu comprends pas. Ce qui a complexifié la chose, c'est que je restais dans le même contexte dijonnais, avec une fin de saison catastrophique, où l'on perd 15 matchs de suite. Il y avait énormément de mélange de sentiments. Malgré ça, je devais quand même faire mon travail au quotidien, avancer sur mon ambition collective et personnelle. Ça a mis quelques mois.

Au niveau de ma maturité personnelle, ça m'a fait comprendre beaucoup de choses. À commencer par le fait d'apprécier les bons moments avec tes proches, que tout peut aller vite dans un sens ou dans l'autre, que jamais rien n'est garanti.

Comme l'a dit Lucas, cela m'a aussi rapproché de mes amis et de ma famille. Moi, j'étais parti très jeune de la maison, je faisais toutes les campagnes équipe de France l'été. Donc je me suis posé des questions : "je fais tout ça mais il y a bien d'autres choses à côté, la famille et les amis, profiter de la vie et de ses proches"... À 21 ans, ça m'a fait mûrir.

Au final, comme Ben (Monclar), Alexis (Tanghe), Ferdi (Prénom), Lens (Aboudou), ce qui m'a motivé, c'est d'essayer de le rendre fier, de lui faire honneur. Vouloir faire quelque chose pour "notre frère" qui est parti, ça donne de la force. On l'a vu avec la génération 1990 qui a été championne d'Europe l'été suivant et qui lui a directement rendu hommage sur le podium.

Une fois les nombreux sentiments évacués, je voulais me servir de cet évènement comme moteur pour avancer et valoriser la chance qu'on avait.

LB : Moi aussi, avec le basket, cela m'a donné plus de force, sur les hauts et surtout les bas. Par exemple, j'essaye de rendre hommage à Jonathan avec mon n°90. J'ai pensé à ce numéro-là dès mon premier contrat pro avec ma famille. C'était une évidence.

Cela n'est pas un héritage trop lourd à porter ?

LB : Ah non, au contraire ! Je dirais même que c'était nécessaire pour moi. Lui avait les n°6 et n°9, j'avais les mêmes numéros quand j'étais jeune. Mais avec le 90, j'essaye de l'honorer de la meilleure façon possible. Je sais qu'il nous regarde de là-haut et qu'il nous soutient.

"Quand j'ai connu Lucas,
c'était le petit blond de 7 ans et il est papa maintenant !"

Et Abdou, alors, voir un Bourhis n°90 performer sur les parquets de LNB, qu'est-ce que cela te fait ?

AMB : Je suis fier de lui, franchement. Je crois au destin. C'est Ben qui l'a eu petit au début. C'est un truc de fou !

LB : Il y avait Alexis aussi sur ma première année...

AMB : Peut-être que Lucas ne le sait pas mais à cette époque, j'ai posé énormément de questions à Ben pour savoir comment ça se passait. Ben a beaucoup été là pour lui, surtout que Lucas était encore un très jeune joueur...

LB : Ah oui, il m'a vraiment beaucoup accompagné.

AMB : Nous, on se voyait moins, on se parlait moins mais chaque vendredi soir, chaque samedi soir, je regardais ses stats. Je suivais son évolution. Puis on a pu se croiser un peu plus sur les parquets ces dernières saisons. Je suis fier de lui car je sais que ce n'est pas facile, surtout que c'est quelqu'un d'introverti. D'avoir réussi à faire son trou dans ce milieu-là, malgré une certaine pression, c'est vraiment top.

Abdou M'Baye et Lucas Bourhis en 2018/19, en marge d'un Fos - Gravelines (photo : David Robbe)

Maintenant, on est au quotidien ensemble donc je le vois tous les jours. Il fait une très bonne saison (entretien réalisé en cours de saison 2025/26, ndlr). Quand je discutais avec Rémy (Valin, le coach) lors de l'été 2025 et que j'ai su qu'il était intéressé par lui... (il se met à rigoler)

LB : Il m'a appelé direct !

AMB : Même pas pour lui vendre du rêve mais pour discuter avec lui.

LB : Voir si ça pouvait coller.

AMB : Lui expliquer le fonctionnement du club, parler de tout et de rien, surtout qu'il sortait d'une saison pas facile à Fos-sur-Mer. J'ai de la fierté vis-à-vis de lui. J'essaye de prendre du recul mais c'est sûr que la relation que j'ai avec Lucas est et sera différente de celle avec n'importe quel autre joueur que je pourrais encadrer en tant que kiné. J'essaye de rester le plus possible à ma place mais il sait que s'il a besoin de quoi que ce soit, de parler, il peut venir me voir sans souci. Ce n'est que le début pour lui, il a encore d'autres choses à aller chercher...

LB : Le chemin est long...

AMB : Et même de voir comment il a mûri en tant qu'homme ! Moi, je l'ai connu, il avait 7 ans ! C'était le petit blond qui venait aux entraînements et qui me faisait : "Viens, on joue en un-contre-un !" Maintenant, je le vois s'occuper de sa petite famille, de sa femme, de son fils. C'est l'évolution logique des choses et je suis super heureux de pouvoir le côtoyer au quotidien.

Quand j'ai vu son fils pour la première fois, ça m'a fait super bizarre... Quand il m'a annoncé qu'il allait être papa, j'étais en mode : "Mais... Lucas papa ?!" (ils rigolent) C'est vraiment un clin d'œil sympathique du destin. On espère que...

LB : Ça va continuer (Lucas a depuis tenu parole avec une prolongation de deux ans à Nantes, ndlr)

AMB : Le lien est là depuis toutes ces années et ça ne va pas changer.

LB : Et quand Abdou parle de destin, il fait vraiment bien les choses. Quand je suis arrivé à Gravelines, il y avait Julien Mahé qui était le coach de Jonathan en Espoirs, je l'ai eu un peu quand j'ai démarré en pro (sur ses dix premiers matchs en Betclic ÉLITE entre 2017 et 2019, ndlr). Puis sur ma première saison à Blois, j'étais avec Ben et Alexis. Ben m'a vraiment pris sous son aile, on était tout le temps ensemble, on mangeait ensemble.

AMB : Euh, tu mangeais chez lui plutôt hein (il éclate de rire) ! Tu faisais la vaisselle ou pas ?!

LB : (il rigole) Oui, j'allais manger chez lui... Je n'ai que des bons souvenirs avec Ben. Et puis là, je retrouve Abdou. Après le décès de Jonathan, ce sont vraiment les deux qui ont vraiment été là pour moi. Ils m'avaient même invité à Dijon. Avoir un soutien comme ça dans un club, c'est toujours important.

"Il y a du talent dans les gènes chez les Bourhis !"

Abdou, tu vois des vraies différences entre Lucas et Jonathan sur le terrain ?

AMB : Il y a une différence de gabarit, déjà. Et d'autres points qui divergent : Jonathan était adroit mais Lucas l'est beaucoup plus. Dans la percussion, Lucas est moins dans l'agressivité au cercle, plutôt sur des floaters avec un peu plus de toucher.

Forcément, il en est à un stade différent de sa carrière donc il est plus avancé sur sa lecture de jeu que Jonathan n'a pu l'être. Je pense justement que ça aurait été la marge de progression de Jonathan.

In fine, à part le côté physique - athlétique, il y aurait eu pas mal de similitudes. Mais en tout cas, c'est lui le meilleur shooteur, ça c'est sûr ! (il rigole)

LB : C'est déjà pas mal !

AMB : Il y a des différences de caractère mais leur présence sur le terrain se fait ressentir de la même façon sur l'aura, sur l'emprise au niveau de l'équipe. Lucas a bien avancé là-dessus ces dernières années. Il y a du talent dans les gènes (il rigole).

Lucas Bourhis, 6 ans, avec son grand frère Jonathan

Ton fils sera aussi basketteur alors, Lucas ?

LB : J'espère ! (ils rigolent) Parfois, il y a des trucs innés. Par rapport à Jonathan, on se rapproche forcément au niveau du caractère et du sens du jeu. Mais comme Abdou l'a dit, il avait des finitions plus acrobatiques que les miennes. Ce sont deux époques différentes, on ne peut pas savoir ce qu'il aurait pu être capable de faire à mon âge.

Et en dehors, tu es donc plus introverti que ne l'était Jonathan...

AMB : Un petit plus, oui (il sourit)...

LB : Déjà, il était plus dans la night aussi ! (Abdou explose de rire)

AMB : Chuuuuut ! C'était un bon vivant !

LB : Je suis plus calme et plus réservé que lui. Lui était vraiment ouvert.

Ça sortait à Dijon alors ?

AMB : (il sourit) Un petit peu, un petit peu. Forcément, entre 18 et 20 ans... En plus, on avait vraiment un bon groupe avec les Ben, Ferdi, Lens, Jonathan.

"J'ai toujours une pensée pour Jonathan"

Que représente Jonathan aujourd'hui au quotidien pour vous ?

AMB : Moi, je le vois à travers Lucas tous les jours. C'est pour ça que je vais récupérer son maillot à la fin de la saison ! Déjà qu'en temps normal, il y avait toujours quelque chose dans la journée, ou a minima dans la semaine, pour me le rappeler, là c'est de manière quotidienne avec la présence du petit frère ! Le voir tous les jours et souriant, c'est top. C'est super de savoir qu'il va bien, qu'il est en bonne santé, qu'il s'épanouit sur et en dehors du terrain. Ce que je me dis, c'est que son frère doit le regarder là-haut et être fier de lui.

J'ai revu son père que je n'avais pas vu depuis des années. J'avais mangé avec son frère, Bastien, quand il était venu en formation sur Nantes. Quand je vais revoir Sylvie, sa mère, ça va me faire super plaisir (ce qui a finalement été le cas à Antibes en septembre 2026, ndlr)... Je ne l'ai pas vu depuis un Fos - Gravelines où t'étais venu jouer avec les Espoirs (voir la photo ci-dessus, ndlr) ! Elle m'avait appelé quand t'avais fait l'article sur moi, Alexandre. On avait beaucoup discuté. C'est bien plus que du basket. Je suis super content d'avoir Lucas et de continuer à perpétuer ça, plus de 15 ans après.

LB : Moi, j'y pense tous les jours. Il n'y a pas une journée où je n'y pense pas. Ou plutôt il n'y a pas une journée sans quelque chose qui me fait penser à Jonathan. C'est quelque chose que je n'oublierai jamais. J'ai toujours une pensée.

Quand tu étais petit, c'était ton modèle ?

LB : Ah ben oui ! Je le regardais, je voulais être contre lui. S'il était encore là, on aurait déjà joué l'un contre l'autre... ou même ensemble.

AMB : Qui aurait taffé l'autre ? (il éclate de rire) Moi, j'aurais pris mes popcorns et je me serais posé devant...

LB : Il essayerait de me jouer en post-up.

AMB : T'aurais été bon mais je mise sur l'expérience !

Image Alexandre Lacoste
Alexandre Lacoste est arrivé sur BeBasket en 2011, lorsque le site se prénommait encore Catch & Shoot. Amateur de portraits et de reportages, généralement au plus près des équipes de France lors des compétitions internationales, il aime chercher des angles originaux et des sujets qui vont au-delà du simple résultat sportif.

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