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Carla Leite, du blues aux Bleues : « C’est l’année où j’ai perdu l’envie de jouer au basket »

Ancienne débutante de l'ES Lorguaise Basket Club, au sein d'une équipe mixte, Carla Leite s'apprête, treize ans après, à disputer une demi-finale de Coupe du monde. Avant le plus grand rendez-vous de sa carrière, la meneuse des Bleues raconte son parcours.
Carla Leite, du blues aux Bleues : « C’est l’année où j’ai perdu l’envie de jouer au basket »

Carla Leite va disputer une demi-finale de Coupe du monde avec l’équipe de France

Crédit photo : Cécile Thomas
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Matcha à la main, qu’elle est allée récupérer au café jouxtant l’hôtel de la compétition, Carla Leite (1,75 m, 22 ans) nous rejoint dans le confortable salon du Radisson Blu. La meneuse des Bleues a des petits yeux : normal, on est au lendemain de la nuit perturbée par une alarme incendie.

Une péripétie, due à des vapeurs trop importantes dans la cuisine au moment du nettoyage vers 2h du matin, qui n’entrave en rien son bonheur. Du haut de ses 4 petites sélections, la Varoise était la joueuse la plus inexpérimentée du groupe France avant le début de la Coupe du monde et la seule, avec Aminata Gueye, à n’avoir encore jamais goûté à une compétition internationale, dernière joueuse coupée avant les Jeux Olympiques 2024 par exemple.

« On a fait en sorte de bien l’intégrer et d’être là pour elle », raconte Romane Berniès« On avait envie qu’elle se sente bien. Elle s’émancipe au sein de l’équipe et on arrive à découvrir la vraie Carla, qui est carrément fun. » Une forme de fraîcheur, que la nouvelle star WNBA, brillante avec Portland (15,9 points à 46% et 6,3 passes décisives), a déroulée en nous racontant son parcours.

PROFIL JOUEUR
Poste(s): Meneur
Taille: 175 cm
Âge: 22 ans (16/04/2004)

Nationalités:

drapeau-france-carre.jpg
Stats 2026-2027 / Coupe du Monde Féminine
PTS
5,5
#94
REB
1,3
#131
PD
2,5
#47

« L’époque Xavi – Iniesta au Barça,
j’étais à fond dedans ! » 

« Je suis née à Poissy, dans les Yvelines. Mes premiers souvenirs d’enfance sont liés au sport. Quand j’étais en maternelle, je me rappelle que je faisais des courses dans la cour de récréation face à mes amis. On allait au parc aussi. La région parisienne, c’était plein de petites maisons jumelées, un petit quartier avec toutes mes amis réunis là-dedans. C’était chouette !

Sauf que ma mère en a eu marre du trafic et de la météo parisienne. Elle voulait un peu de soleil surtout ! Donc quand j’avais six ans, on a déménagé pour le Var, à Lorgues. J’ai beaucoup pleuré (elle sourit). C’était un peu particulier car on est partis en pleine année scolaire, en janvier. L’adaptation n’a pas été évidente au début mais ça s’est fait naturellement ensuite.Quand j’étais petite, j’étais vraiment calée foot, grâce à mon père qui en a fait lors de sa jeunesse. L’époque Xavi – Iniesta au Barça, j’étais à fond dedans ! J’en faisais aussi à l’école. Mais le basket a démarré par un truc random (elle sourit). Vu que je kiffais le sport, le surveillant m’a demandé dans la cour de récré si je ne voulais pas essayer. Je devais avoir neuf ans. Ça m’a plu et je me suis inscrite en club.

« J’ai du mal avec l’échec » 

J’ai commencé à Lorgues, dans une équipe mixte, puisque j’avais encore l’âge pour jouer avec les garçons. Puis je suis allée jouer à Draguignan dès l’année d’après. C’est la bonne époque, j’en garde de beaux souvenirs. Je me suis vite mise à regarder du basket à la télé aussi, au début la NBA, avec Kyrie Irving, époque Cleveland, ou Russell Westbrook. C’est pour lui que je porte toujours le n°0 : j’adorais son jeu, sa hargne, son explosivité !

Quand je suis entrée au Pôle Espoirs d’Antibes, je voyais que j’étais une joueuse talentueuse, avec plus de grain de folie que les autres. Je me suis raccrochée à ça. Je suis quelqu’un d’hyper dure envers moi : je travaille beaucoup pour essayer de combler les petites imperfections que je peux avoir en match ou en entraînement. Vu que c’était déjà le cas à l’époque, c’est ce qui m’a servi à arriver. J’ai du mal avec l’échec, je suis très dure envers moi-même.

« Je n’aurais pas pu faire de meilleur choix que le TGB »

En 2019, je choisis de partir à l’ASVEL. Quand tu es jeune, c’était l’un des meilleurs endroits où être. Ils avaient gagné pas mal de titres et Frédéric Berger était un coach réputé, cela cochait beaucoup de cases. J’y suis restée trois ans : c’était cool mais je n’aurais pas pu faire plus. Tout était au même endroit à la Tony Parker Academy donc tu ne voyais pas grand chose à part ça. À un moment donné, on arrivait un peu à un effet prison, sans trop pouvoir sortir. Donc trois ans, c’était la bonne durée. Avec les filles, c’était incroyable ! On a créé des liens de fou, c’est encore toutes mes amies.

Pour démarrer ma carrière professionnelle, je n’aurais pas pu faire un meilleur choix que le TGB, honnêtement. J’ai eu de la chance, entre guillemets, au début puisque l’une de mes coéquipières, Serena Kessler, s’est blessée. J’ai pu avoir plus de temps de jeu. François (Gomez) a tout de suite cru en moi et m’a laissé m’exprimer sur le terrain. Ce n’est pas un coach facile mais il a une qualité : il sait toujours tirer le meilleur de chaque joueuse. Ça a été le cas avec moi. C’est lui qui m’a appris à être une meneuse. La première année, je jouais plus poste 2 parce qu’il y avait Marie Pardon mais j’avais vraiment les clés de l’équipe sur la deuxième saison. C’est moi qui devais à peu près tout gérer, c’était cool.

Carla Leite a joué ses deux années rookie au TGB (photo : Guillaume Poumarède)

J’avais déjà failli partir à Villeneuve-d’Ascq en 2023 mais j’avais finalement choisi de rester un an de plus pour développer mon jeu. Le talent qu’on avait à l’époque, c’était ouf : Dominique (Malonga), Jess (Mine Zodia), Marie-Paule (Foppossi, devenue Dally). On avait une bonne équipe !

« Le contraste était bizarre » 

Après deux années à Tarbes, je pars donc à Villeneuve-d’Ascq, en partie pour Rachid (Meziane), car j’aimais bien le jeu qu’il proposait. En plus, elles venaient d’aller jusqu’en finale de l’EuroLeague donc c’était un club compétitif ! Et pourtant, le début de saison (onze défaites consécutives, ndlr) a été un peu… (elle s’interrompt) même la saison entière est catastrophique, si l’on met de côté l’EuroCup.

Quand Rachid a quitté le club (au terme de l’année 2024), ça m’a fait peur, honnêtement. Car il était l’une des raisons de ma venue à Villeneuve-d’Ascq. Je ne connaissais pas du tout son successeur, Maxime (Bezin). J’étais en mode : « OK, c’est ce qui ce coach ? Est-ce qu’il va me faire confiance ? Est-ce que je vais être dans ses projets ? » Ce n’était pas évident. Mais j’ai fait la part des choses. J’ai dit à Rachid que si j’avais eu la même proposition en tant que joueuse, du Fener par exemple, bien sûr que j’aurais foncé aussi. Quand une opportunité aussi incroyable (le Connecticut Sun en WNBA) se présente, il faut la saisir. Je n’aurais pas compris s’il était resté à Villeneuve.

Carla Leite élue MVP de la finale de l’EuroCup en 2025 (photo : Antoine Bodelet)

Au final, j’ai vraiment bien aimé travailler avec Maxime aussi. C’était un super coach et une personne incroyable sur le plan humain. On gagne l’EuroCup avec lui mais ça fait quand même chier, les gens n’arrêtaient pas de nous répéter qu’on était des championnes d’Europe en playdowns. Le contraste était bizarre. On va dire que ça sauvait un peu les meubles. Cette saison m’a quand même appris sur plein de choses qui m’arriveront peut-être de nouveau dans ma carrière, notamment le fait de rester une bonne coéquipière. Quand tu perds toutes les semaines des matchs que t’es censée gagner, ce n’est pas évident de continuer à se donner à fond à l’entraînement alors que t’as le moral dans les chaussettes.

« Saragosse, c’était horrible ! » 

La saison dernière, je suis partie à Saragosse… et c’était horrible ! Je pense que c’est l’année où j’ai perdu l’envie de jouer au basket. Vraiment, vraiment. Il y a des moments où je ne voulais plus du tout aller à l’entraînement. Ça a été six mois vraiment compliqués. Heureusement qu’il y avait Ornella (Bankolé) et Ami (Gueye) pour me faire penser à autre chose et qu’on fasse des trucs hors basket car sinon, ce n’était pas évident du tout. Par rapport à quoi ? Plein de choses : l’équipe, le coach. C’était humain de me dire : « Mais pourquoi je fais tout ça ? Je pourrais avoir une vie plus facile… » Sauf que le basket, c’est toute ma vie, ma passion. Je ne me vois pas vivre sans. J’étais énervée, un jour ou deux, mais je ne me suis pas vu tout arrêter non plus. 

Carla Leite n’a pas passé une année réjouissante en Espagne (photo : FIBA)

C’est la perspective du Final Six de l’EuroLeague qui m’a aidée à tenir, et le fait d’au moins avoir une médaille. Et la WNBA. Je savais que j’allais débarquer dans une nouvelle franchise, Portland, et qu’il allait donc falloir que j’arrive en forme, avec la confiance et bien dans ma tête. Je me suis raccrochée à ça pour tenir en Espagne.

« Il y a six mois, je n’étais pas bien et là,
je joue comme je n’avais jamais joué ! » 

Ma première saison WNBA à Golden State n’était pas trop mal mais je n’étais pas non plus satisfaite de moi. Je pensais que j’allais faire beaucoup mieux. Je trouve que j’aurais pu montrer un peu plus, il y a eu beaucoup de hauts et de bas. Des fois, je jouais beaucoup et puis je me suis blessée quand il y avait déjà beaucoup de blessées, ça a été une opportunité manquée. En fin de saison, je ne jouais quasiment plus. C’était assez frustrant mais dans l’ensemble, j’en garde un bon souvenir.

Il y a eu cette vidéo en conférence de presse (voir ci-dessous, ndlr). Les deux premiers jours, je n’étais pas bien du tout. Je l’ai mal pris. J’étais là : « Oh mon dieu, c’est l’horreur ». Et après, vas-y, tranquille, je l’ai pris à la rigolade… Oui, c’est drôle mais au-delà de ça, c’était surtout un peu chiant. Pour moi, c’était un handicap de ne pas pouvoir m’exprimer sur le terrain. Quand tu ne sais pas parler anglais, comment communiquer avec tes coéquipières ? J’ai pris des cours d’anglais la première année et ça allait mieux au fur et à mesure de la saison. Maintenant, mon entraînement, c’est de parler au quotidien en anglais avec tout le monde. Je n’ai pas de problème, je suis pas timide, la confiance change tout. 

Mon départ pour Portland ? Déjà, je n’étais pas choquée de ne pas être protégée. Je m’y attendais. Et honnêtement, j’étais contente de partir. C’était un nouveau départ pour moi, avec tout à prouver. C’était une bonne chose au final, quand on voit comment ça se passe au Fire.

Le contraste est fou avec la saison dernière. Parfois, je me fais la comparaison : je me dis qu’il y a six mois, je n’étais pas bien, j’avais perdu toute la joie de jouer au basket et que maintenant, à Portland, je joue comme je n’ai jamais joué. En fait, parfois, c’est juste un entraîneur qui va croire en toi et te faire changer ton mindset.

« Je ne me surprends pas ! » 

Le changement est énorme. C’est dû à mon rôle, à mes coéquipières, leur façon de me pousser, d’être cool avec moi. Aussi, j’ai réussi à switcher depuis Saragosse. Je me suis dit : « Allez là, il faut que tu t’y mettes. » Je ne me surprends pas. Je savais que j’en étais capable. Mais honnêtement, je ne suis pas trop rivée sur mes stats individuelles. Je suis juste un peu déçue qu’on n’aille pas en playoffs, on aurait pu. 

Carla Leite est devenue l’une des meilleures meneuses de WNBA avec Portland (photo : Jaime Valdez – Imagn Images)

Saragosse : c’est humain de se dire « pourquoi je fais ça ? je pourrais avoir une vie plus facile » : mais le basket, c’est toute ma vie, c’est ma passion. Je ne me vois pas vivre sans ça. Pendant un jour, j’étais énervée et après, bon, jamais de la vie je vais arrêter.

« J’attendais depuis un moment cette première campagne ! » 

L’équipe de France, je l’attendais depuis un moment cette première campagne. J’ai eu de la chance de faire un été en équipe de France jeunes, mais une seule fois (championne d’Europe U20 et MVP en 2023, ndlr). C’était un peu frustrant, il y a notamment eu le Covid au milieu, la prépa de Paris 2024. J’ai raté des bons moments, surtout que ma seule campagne est dans mon Top 3 en carrière. J’attendais de pouvoir recréer d’autres souvenirs comme cela avec les A. J’avais vraiment hâte. 

Carla Leite tentera d’apporter une étincelle en sortie de banc lors du dernier carré (photo : Cécile Thomas)

Il y a deux ans, digérer Paris 2024 avait été compliqué. Je me suis entraînée pendant plus d’un mois pour être la dernière coupée… Faire les JO était un rêve d’enfant, j’avais beaucoup d’espoir et on m’a coupé l’herbe sous le pied juste avant. Mais maintenant, je m’en suis remise ! Je suis super contente d’être à cette Coupe du monde avec l’équipe de France. Je prends les choses étape par étape, j’essaye juste d’être la meilleure coéquipière possible et d’aider au mieux l’équipe. 

Sortir du banc, ce n’est rien de nouveau pour moi. Je peux m’adapter. À Saragosse, je commençais déjà sur le banc la majorité du temps. À Golden State, aussi. Là, je fais simplement ce que le sélectionneur me demande, que ce soit scorer ou créer pour les autres. 

Carla Leite, un rôle différent entre WNBA et équipe de France 

Carla Leite (Portland Fire) - Carla Leite (France (F)) · WNBA 2026-2027

Comparaison statistique entre deux joueurs
Carla LeiteCarla Leite
MJ364
PTS15,95,5
REB2,11,3
PD6,32,5
IN0,71
CO0,10

Depuis les Jeux Olympiques, un truc a changé concernant la popularité de l’équipe de France. On voit que tout le pays est derrière nous, à nous soutenir, à réagir dès qu’on fait un bon match. C’est cool de ressentir autant de soutien. 

« J’ai toujours voulu jouer en Turquie »

Ce qui me fait envie pour l’avenir ? C’est une bonne question : être en A, devenir la meilleure joueuse que je puisse devenir en WNBA, voir ce qui se passe en Europe, peut-être aller voir Unrivaled ou Project B bientôt.

Avant, ce sera Mersin. Depuis toute petite, j’ai toujours voulu jouer en Turquie. Ne me demandez pas pourquoi, je ne sais pas (elle rigole). C’est une atmosphère qui m’attire, j’aime bien être sous pression. On connait l’ambiance là-bas, avec les fans à fond devant nous, je voulais vivre l’expérience en Turquie et voir comment c’est là-bas. Mais déjà, il y a une Coupe du monde, où on a beaucoup d’ambition (elle sourit). »

Propos recueillis à Berlin,

Image Alexandre Lacoste
Alexandre Lacoste est arrivé sur BeBasket en 2011, lorsque le site se prénommait encore Catch & Shoot. Amateur de portraits et de reportages, généralement au plus près des équipes de France lors des compétitions internationales, il aime chercher des angles originaux et des sujets qui vont au-delà du simple résultat sportif.

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