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"Mais pourquoi je me suis mis dans ce bourbier ?!" : l'été surréaliste d'Anthony Ottou, journaliste propulsé GM de Saint-Quentin

Ancien journaliste, notamment passé par BeBasket, Anthony Ottou a quitté son poste de rédacteur à L'Aisne Nouvelle pour devenir le manager général de Saint-Quentin. Il raconte sa prise de fonction, au milieu d'un été plus que chaotique, marqué par l'incertitude entourant l'avenir du SQBB, suspendu au sort de l'AS Monaco.
"Mais pourquoi je me suis mis dans ce bourbier ?!" : l'été surréaliste d'Anthony Ottou, journaliste propulsé GM de Saint-Quentin
Anthony Ottou, le nouveau GM du SQBB
Crédit photo : Saint-Quentin Basketball
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"Je suis né et j'ai grandi à Pau, à 1 200 mètres du Palais des Sports. Mon premier match, c'est un Pau-Orthez - Évreux en 1996 (92-72), avec Antoine Rigaudeau qui se blesse ce soir-là. C'est à cause de Frédéric Fauthoux que je tombe réellement dans le basket. C'était l'un des rares à l'époque qui mettait beaucoup de 3-points et je kiffais comme le speaker, Gérard Bouscarel, annonçait chaque shoot. Quand il criait son nom, c'était exceptionnel.

J'ai toujours baigné dans l'univers palois basket. J'étais en classe avec la génération 1989 : Florian Lesca - Thomas Heurtel - Lamine Sambe - Fernando Raposo. C'est mon premier réseau amical dans le basket. Ensuite, il y a eu la troisième génération dorée de l'Élan Béarnais avec Léopold Cavalière, Alpha Kaba ou Élie Okobo, qui reste le joueur avec qui je m'entends le mieux aujourd'hui.

De mon côté, j'ai joué en Nationale 3. J'étais un poste 4-5 besogneux. Lorsque j'arrive dans une équipe dans les Landes, il me fallait un job en parallèle. Mon club m'a dit qu'il était possible de me placer chez un partenaire, un magasin d'électroménager, MDA, qui ouvrait à Dax. Et je kiffe de ouf, je me prends au jeu, à tel point que je veux ouvrir un magasin à Pau. Je suis responsable pendant un an, j'ai adoré.

"Toi qui aime le sport et qui aime écrire, lance toi"

Le journalisme, c'est venu d'une rencontre à la Coupe du monde 2014, avec Mickaël Da Costa, un pigiste aux États-Unis. On était en terrasse à Bilbao le soir, il me dit : "Toi qui aime le sport, qui aime écrire, lance-toi !" Quand je rentre chez moi, j'en parle à ma mère. Elle me demande si je me vois dans l'électroménager toute ma vie, la réponse est non. Donc elle me dit d'essayer.

Ma première interview, c'est Élie Okobo. Ensuite, j'intègre la République des Pyrénées pour devenir correspondant. J'arrive chez BeBasket aussi, vous me mettez sur les résumés de Nationale 2. Puis je contacte Fabrice Auclert, chez BasketUSA, parce que je veux couvrir la NBA aux États-Unis. Ils me payent 600 euros pour couvrir mes frais de logement, ou l'auberge de jeunesse plutôt ! J'y vais en 2017, à Philadelphie, mais je bouge un peu partout au fil de la saison, j'y reste presque deux ans.

Anthony Ottou
Ici en 2017, un tout jeune Anthony Ottou qui se lance dans le journalisme avec Nando De Colo

Lorsque je reviens en France, je n'arrive pas à avoir ce que je veux. J'en ai un peu marre. Je fais du bénévolat chez BeBasket, je suis pigiste à La République des Pyrénées, je continue BasketUSA à distance le soir, mais c'est très dur. Et je perds mon père. Donc j'arrête tout ça. Lui était prof et voulait absolument que l'un de ses enfants intègre l'Éducation Nationale. Donc je me dis qu'en sa mémoire, je me dis que je vais devenir CPE. Je commence à préparer le concours, je fais pion pendant une année que je kiffe, mais je me rends compte finalement que ce n'est pas pour moi.

"Saint-Quentin, c'est un coup de cœur de ouf !"

Je continue de me chercher, je me demande si je ne veux pas être développeur web. J'adore le scouting, les stats avancées donc est-ce que je n'essayerai pas de lancer une application qui pourrait générer les datas pour les clubs ? C'est difficile, je suis plus littéraire que matheux au final.

En 2023, je rejoins ma compagne, Florine Basque, à Caen. Elle joue à Ifs. Là-bas, j'ai la possibilité de travailler en pigiste chez Actu.fr. Le jour de l'entretien, le club d'Ifs coule et elle signe à Trith-Saint-Léger. Donc départ pour le Nord, où je n'ai rien. On me met en contact avec La Voix du Nord, où je fais une saison en pigiste à suivre Denain. C'était hyper enrichissant, c'était la première fois où je me sentais comme un vrai journaliste de PQR (presse quotidienne régionale, ndlr).

L'année suivante, je pars à L'Aisne Nouvelle, auprès du SQBB. D'abord un an en CDD, puis mon premier CDI dans le milieu, signé en 2025. Le journal m'a fait totalement confiance, alors qu'ils avaient sûrement des réserves au début. J'avais une carte blanche totale, parfois les chefs ne savaient même pas ce qu'il y aurait dans les pages (il sourit).

"Dounia Issa m'a mis ce truc en tête"

Saint-Quentin, c'est un coup de cœur de ouf. Déjà que quand t'es journaliste de PQR, tu t'attaches forcément à l'équipe mais ici, c'est multiplié par trois. Je me rappelle de mon premier match, SQBB - Monaco : Jerome Robinson qui met un buzzer beater sur la tête d'Élie (Okobo). L'ambiance était dingue, je n'avais jamais vu ça en France. La saison est folle : le SQBB passe à deux minutes d'une finale de Leaders Cup, je me retrouve à Istanbul pour couvrir la BCL. Waow, je vis un rêve !

En parallèle, j'étais un grand fan de Football Manager et j'ai toujours regardé plein de championnats de basket : la Finlande, la Suède, la Slovénie, la Slovaquie, plusieurs conférences NCAA, etc. Mon kif, c'est de trouver des joueurs et de les voir exploser après. Je me souviens avoir vu Both Gach lors de sa saison en Finlande et d'en avoir parlé à certains.

À cette époque, je noue une vraie relation avec Dounia Issa, qui est en pourparlers avec Le Havre (NM1) et Vichy (Pro B). Il me dit que s'il va en Pro B, il aura besoin de mon avis sur certains joueurs. Donc on parle des joueurs de toutes les équipes et il me fait : "Mais t'as rien à faire dans le journalisme, c'est directeur sportif que tu dois être !" Il m'a mis ce truc-là en tête, qui a ensuite germé, germé, germé, jusqu'à la proposition de Saint-Quentin...

"Dans les bureaux de l'Aisne Nouvelle à ne pas parler trop fort"

Cependant, quand l'offre du SQBB arrive, ça me fait un peu peur. Je me dis : "Mince, je vais quitter mon job de journaliste, pour lequel j'ai fait monts et merveilles ?!" Avant même d'en parler à Florine et ma famille, j'en discute avec Dounia, qui m'encourage à le prendre.

La fin de saison dernière a été très difficile. Déjà, je devais essayer de garder une légitimité de journaliste, que je pense avoir perdu au fil des mois. Puis mes deux derniers mois, j'étais tous les jours avec Pedro (Nuno Monteiro, l'ancien coach) à lui conseiller des joueurs. Le plus dur, c'est après l'élimination en playoffs à Poitiers, où je sais que je vais rejoindre le club et qu'on me demande d'écrire sur les raisons de la relégation. Je ne remercierais jamais assez L'Aisne Nouvelle de m'avoir permis de démissionner du jour au lendemain.

Anthony Ottou
Ici en vert dans la tribune de presse, Anthony Ottou a passé deux saisons à suivre le SQBB pour L'Aisne Nouvelle (photo : Julie Dumélié)

La transition a été terrible. Je n'ai pas eu de vacances. J'avais un mois de pré-avis, j'ai passé tout le mois de juin dans les locaux de l'Aisne Nouvelle, sans travailler sur le journal mais à tenter de trouver un coach, des joueurs. Il ne fallait pas parler trop fort car ils étaient en droit de le publier. Le premier mois a été vraiment terrible. Au bout de deux semaines, je suis parti trois jours à Pau voir ma famille, j'en avais besoin. Mais cela n'a rien changé, j'ai passé l'été dans une machine à laver.

"Imaginez si Monaco n'arrive pas à repartir..."

Je me rappelle de mon premier week-end début juin. Je suis parti en me disant : "Fait chier, je n'ai signé personne sur cette première semaine" (il rigole). Au final, ça a été un truc que j'aurais pu me répéter sur beaucoup de week-ends.

Pendant toutes les premières semaines, on s'est préparé sur l'ÉLITE 2. La possibilité du repêchage est arrivée assez soudainement. Je me rappelle d'une discussion avec le président (Thomas Carlier) et Raphaël (Pascual, le nouveau coach) un dimanche soir, pendant le Match 4 de la finale Monaco - Paris. Je leur dis : "Mais imaginez si Monaco n'arrive pas à repartir..." Ils me répondent : "Mais non, impossible..."

Ma première mission à la tête du SQBB a été de trouver un entraîneur. Pedro (Nuno Monteiro) avait une proposition pour rester. Il a vraiment fait du bon travail sur la deuxième partie de saison, il faut lui tirer notre chapeau pour cela. Il a obtenu de la sympathie de la part des dirigeants et d'une partie du public. Mais les playoffs ont tué sa motivation et pendant dix jours, il ne voulait plus entendre parler de Saint-Quentin. Je sentais bien que l'ÉLITE 2 le bottait moins.

"Raphaël Pascual, un vent de fraîcheur"

Là où je suis très content, c'est d'avoir trouvé un coach qui a la même vision que moi, Raphaël Pascual. C'est un jeune entraîneur, nouveau dans le milieu pro, avec une fibre de formateur, qui a roulé sa bosse dans le milieu amateur, avec dix ans en NM2 au TOAC. On sort du circuit traditionnel, il apporte un vent de fraîcheur. La connexion s'est faite directement entre nous : il a été notaire donc le coaching n'est pas une fin en soi pour lui, comme moi avec le journalisme. On est là pour raconter une histoire.

Le premier signal d'alerte pour nous, ça a été votre article sur la possibilité du refus d'engagement pour Monaco.

On s'appelle : "Il se passe un truc, qu'est-ce qu'on fait ?" À ce moment-là, on avait déjà des pré-accords WhatsApp avec trois joueurs : Shekinah Munanga, Mathias M'Madi et Lionel Colson. Est-ce que ça équivaut à une promesse d'embauche ? Compliqué. Pour Mathias M'Madi par exemple, on le voyait dans un rôle de troisième ou quatrième guard en ÉLITE 2. Il ne pouvait pas tenir ce rôle en Betclic ÉLITE. On lui a expliqué, il a compris et a finalement prolongé à Orchies. Pareil pour Lionel Colson, qui est resté à Levallois et sera un très bon joueur d'ÉLITE 2 je pense. Quant à Shekinah, on s'est dit que c'était un joueur qui pouvait jouer en Betclic ÉLITE avec son impact physique. D'autres clubs ont commencé à s'intéresser à lui donc on l'a signé quand même. En parallèle, on a mené le deal au bout avec Alexandre Gavrilovic, qu'on pensait capable de peser dans les deux divisions.

On a ensuite connu trois semaines hyper compliquées. On a regardé un nombre incalculable de joueurs. On se disait : "Tiens, lui rentre dans la case Betclic ÉLITE ; lui, c'est ÉLITE 2 ; oui, mais si on le prend en ÉLITE 2, est-ce qu'on ne le payerait pas trop cher ?" On signe Karvel Anderson : je me dis qu'il aura un vrai impact en ÉLITE 2 et qu'il peut mettre du tir en Betclic ÉLITE, donc on avance avec lui.

"Comment je vais m'en sortir ?!"

Arrive le fameux jeudi 30 juillet. J'entends des échos des agents : "On a été réglé de nos dettes, c'est sûr que Monaco repart." Donc j'appelle mon coach, mon président, on active des pistes pour l'ÉLITE 2. Le vendredi, vous sortez l'interview de Philippe Ausseur, qui confirme les infos. Ce vendredi 31 juillet, on signe Paul Rigot, on trouve Ousman Krubally, on approche un étranger très complémentaire de Paul Rigot sur le poste 3. On avait perdu un peu de temps mais le puzzle se dessinait super bien pour l'ÉLITE 2, avec neuf joueurs sur dix.

Le vendredi soir, je pars manger au restaurant avec mon président. Il me dit que c'est bien, qu'on va avoir une bonne équipe pour l'ÉLITE 2. Je suis heureux, je vais enfin pouvoir couper 3-4 jours avant la reprise. Et en plein dîner, je reçois la notification de votre article, sur Monaco qui s'apprête à être refusé par la Chambre d'Appel de la FFBB. Et là je me dis : "Comment je vais m'en sortir ?!" Je me revois faire la marche du restaurant jusqu'à chez moi seul avec mon téléphone en pleine nuit, à me dire que je vis un truc de ouf. Ça a été la soirée la plus difficile et la plus excitante de mon été...

Le coach était à Toulouse à ce moment-là et monte me rejoindre à Saint-Quentin. On établit la stratégie des joueurs hybrides, capables de jouer dans les deux divisions. Sauf que quand t'en contactes un, il te demande toujours le pourcentage de chance d'être en Betclic ÉLITE, et c'était impossible à répondre.

"L'impression d'être la cinquième roue du carrosse"

Courant août, je pense même qu'on va évoluer en ÉLITE 2. J'apprends que des joueurs (comme Mathis Dossou-Yovo, ndlr) sont à Monaco, s'entraînent, que le club est confiant sur son avenir. Donc je vous vois rester en deuxième division, mais on ne peut pas le dire. Sauf que Monaco est de nouveau refusé, et on est encore à l'arrêt.

Quand on est toujours dans le flou à l'approche de la fin du mois d'août, c'est le temps de la colère. On en avait marre d'attendre, on ne maîtrisait absolument rien, avec l'impression d'être la cinquième roue du carrosse. Il y avait une sensation terrible pour moi, c'était tous ces gens qui me demandaient : "Alors, on est dans quelle division ?" J'aurais aimé pouvoir leur donner une réponse. Puis il y avait ceux qui te disent que t'es fou d'attendre, ceux qui pensent, au contraire, que c'est normal.

À ce moment-là, mon président fait quelque chose de bien avec le communiqué, où il dit ce que tout le monde ressentait. Jusque-là, on était resté silencieux car on ne pouvait pas taper sur la LNB qui y était pour rien, pas taper sur Monaco qui était dans son droit avec tous les recours.

Mais nous, ce manque d'anticipation nous pénalisait énormément. On a démarré la préparation avec six Espoirs et des sparring-partners, alors que c'est en pré-saison que les liens se créent. Je me rappelle d'une journée cohésion au golf et personne n'avait la tête à golfer. Tout le monde était sur son téléphone à attendre la décision du CNOSF.

"Et là, il reçoit un message comme quoi on est repêché"

À force, le coach n'était plus du tout celui que j'avais connu au départ, il devenait stressé. Quand est sorti l'histoire avec Ferrero, ça a été un coup de massue énorme.

On se dit qu'on repart pour un mois d'incertitude... Je me souviens être entré le vendredi 28 août au matin dans le bureau et que c'était la première fois que je voyais le staff avec la mine déconfite, complètement abattu par cette news. On fait l'entraînement sans aucune énergie. Donc je dis à Raph : "Viens, on va manger, je t'invite."

On est tous les deux dans un restaurant du centre-ville de Saint-Quentin et j'essaye de lui remonter le moral, de lui dire qu'on était venu pour l'ÉLITE 2 à la base. Je lui parle mais je vois bien qu'il est dans ses pensées, à m'écouter sans m'écouter. Jusqu'au moment où il pousse un cri de soulagement : il avait son téléphone à la main et il reçoit un message comme quoi on est repêché ! C'était toute la pression d'un été qui redescendait d'un coup, un moment rigolo, presque à fêter quelque chose qu'on ne méritait pas vraiment sur le terrain.

"Je n'imaginais pas mon premier été comme ça"

Ensuite, il nous restait trois joueurs à trouver. On avait déjà signé Erick Neal, mais qui avait une clause pour partir en cas d'ÉLITE 2, c'était le seul dans ce cas-là. Quand tu appelles les agents, tu es plus serein, tu sais enfin quoi proposer. On a essayé de conclure les deals entamés, trouver les bons joueurs pour incarner le renouveau. Ça a été Taevion Kinsey et Matthew Cleveland. Puis Axel Toupane fut le dernier à s'engager : c'est l'un des premiers noms que j'avais coché pour l'ÉLITE 2. On était au lycée ensemble à Pau. Raph voulait vraiment des joueurs qui ont l'expérience du championnat, et moi, j'aime bien le personnage et le joueur. Depuis son arrivée lundi, il nous fait beaucoup de bien.

Anthony Ottou
Anthony Ottou a vécu un premier été improbable de GM (photo : SQBB)

On a un retard démentiel. Les joueurs sont arrivés au compte-gouttes. Par exemple, Erick Neal a signé le 24 août et n'a débarqué le 15 septembre à cause du visa. Matthew Cleveland est arrivé le mardi 17 septembre et on l'a fait monter dans un bus le mercredi matin afin d'aller jouer un match amical en Belgique. Notre premier vrai entraînement à dix, en équipe complète, c'était ce lundi !

Je n'imaginais pas mon premier été de GM comme ça. J'aime bien anticiper et c'était peine perdue : tu dois tout construire dans une situation où tu ne connais pas la division, c'est impossible. Ça a été âpre, difficile, mais très enrichissant et super formateur.

"C'est une chance folle à saisir"

Je ne pense pas que beaucoup de GM aient déjà connu des intersaisons comme ça ! Fin août, quand certains avaient déjà disputé plusieurs matchs amicaux, on en était encore à écrire et effacer des noms sur le tableau. On a été un jour en Betclic ÉLITE, un jour en ÉLITE 2, un jour en Betclic ÉLITE, etc. On a passé notre été à attendre. Parfois, on regardait un joueur, avant de se rendre compte qu'on l'avait déjà étudié... Je pense qu'on est bien retombé sur nos pattes.

Ce qui m'a permis de tenir le coup, c'est d'être bien entouré au sein du club, avec le staff notamment : il y a vite eu une alchimie humaine exceptionnelle entre nous... Et c'est aussi le cas pour l'équipe : on sait qu'on part avec un retard colossal, avec une prépa hallucinante. Mais je n'ai jamais vu quelqu'un râler, même après des entraînement à six Espoirs. La semaine dernière, on a pris deux pilules en amical à Courtrai (100-76) et Blois (96-78) mais dans le bus, les joueurs nous disaient : "Ne vous inquiétez pas, on va se battre."

Le sport, ce n'est pas factuel. Peut-être que ça ne fonctionnera pas, et qu'on gagnera deux matchs dans la saison, mais tout peut se passer surtout. Peut-être, aussi, que quelque chose s'est créé cet été, on n'est pas du tout à l'abri que la mayonnaise prenne... La chance est folle à saisir : un journaliste qui prend le poste de GM, un coach de NM2 qui aurait dû se retrouver à serrer la main de Fauthoux sur le premier match de la saison. Est-ce qu'on aurait de nouveau eu cette chance ?!

"L'un des meilleurs GM de France est un ancien journaliste..."

Je comprends les supporters traumatisés de l'année dernière, qui se sont dits : "Pourquoi on prend un journaliste et pas un mec avec de l'expérience ?!" Les gens pensent qu'être journaliste, c'est simplement raconter des matchs. Mais je peux citer plein de journalistes qui connaissent très bien le basket. Les critiques sont légitimes et je peux comprendre que les gens seraient plus rassurés avec le meilleur directeur sportif de France plutôt qu'avec un ex-journaliste. Mais est-ce que le meilleur directeur sportif de France viendrait à Saint-Quentin ?! D'ailleurs, aujourd'hui, l'un des meilleurs directeurs sportifs du championnat est un ancien journaliste (Vincent Loriot, au Mans, passé par Maxi Basket)...

Anthony Ottou
Proche de nombreux acteurs du basket français, dont Élie Okobo, Anthony Ottou possède un large réseau

De mon côté, je pense avoir la légitimité de connaître plus ou moins bien ce sport, l'environnement de Saint-Quentin, le championnat de France. Maintenant, c'est sûr que quand j'appelle un agent, ma voix ne porte pas autant que celle de Vincent Loriot ou François Lamy. Mais là où je suis content, c'est que des sceptiques de la première heure viennent me dire qu'ils voient que je travaille, que je ne me suis pas caché. C'est la meilleure des récompenses. Je sais que je vais faire des erreurs, que je vais peut-être connaître des échecs, mais je ne suis pas un imposteur. Les critiques les plus dures ont été celles des réseaux sociaux. Je lis simplement les articles mais pour ma famille, ça a été difficile...

"Il y aura pas mal d'émotions en entendant l'hymne de la LNB"

Est-ce que j'ai regretté mon choix cet été ? Plein de fois (il rigole). Quand j'étais seul dans mon bureau, à 2h du matin, à essayer de joindre un agent... Plein de fois, je me suis dit : "Mais putain, pourquoi tu t'es mis ce bourbier ?!" J'avais plus de vie personnelle quand j'étais journaliste.

Mais honnêtement, non, je ne regrette pas du tout. Il y a quatre mois, j'étais en train d'écrire sur le club... Et aujourd'hui, je fais un métier dont beaucoup de gens rêvent. J'ai juste l'impression d'avoir fait cinq ans en trois mois (il rigole).

Saint-Quentin · Effectif 2026/2027

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On pouvait difficilement démarrer par plus fort que la JL Bourg samedi, à part le Paris Basketball. Ce sont deux contrastes qui s'affrontent : une équipe qui avait bouclé son recrutement dès la fin juin, l'autre qui a dû attendre mi-septembre. Là où je n'ai aucun regret, c'est que je vais entendre l'hymne de la LNB, debout derrière le banc, et que je ne vous cache pas que j'aurais pas mal d'émotions à ce moment-là. Ce sera le début d'une nouvelle histoire."

Image Alexandre Lacoste
Alexandre Lacoste est arrivé sur BeBasket en 2011, lorsque le site se prénommait encore Catch & Shoot. Amateur de portraits et de reportages, généralement au plus près des équipes de France lors des compétitions internationales, il aime chercher des angles originaux et des sujets qui vont au-delà du simple résultat sportif.

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